--J'aime mieux rester avec papa.

Un jour, cependant, elle fut vivement tentée. Nous étions assis au soleil, dans une allée; un pensionnat de petites filles, très-correct, je dois le dire: robes noires, ceintures bleues, petit toquet de velours orné d'un pompon bleu, s'arrêta en face de nous, et les enfants commencèrent une de ces rondes où les couples défilent à la queue leu leu sous les bras élevés de leurs compagnes. La chaîne gracieuse se défaisait et se reformait régulièrement: Suzanne, blottie contre moi, regardait de tous ses yeux, et de temps en temps murmurait:

--C'est bien joli!

Une sous-maîtresse, qui nous regardait depuis un instant, dit deux mots à l'une des grandes, et celle-ci, prenant une des plus petites par la main, s'approcha de notre banc.

Elle me fit une révérence,--je dis me, car la révérence était pour moi; et le sourire qui l'accompagnait revenait à ma fille.

--Mademoiselle, dit-elle avec la politesse consommée d'une femme du meilleur monde, voulez-vous nous faire le plaisir de jouer avec nous?

La ronde continuait, avec le chant mesuré des fillettes; Suzanne jeta un regard de côté sur la chaîne vivante, et se tourna vers moi, indécise.

--Si cela te fait plaisir, lui dis-je, tout en ôtant mon chapeau à la jeune pensionnaire, si parfaitement élevée.

--Je veux bien, dit Suzanne en hésitant encore.

Elle descendit du banc, prit la main de la jeune fille et s'avança vers le groupe. Le chant et la danse s'arrêtèrent à sa venue, et tous les yeux curieux d'une trentaine d'enfants se fixèrent sur elle. Ma petite sauvage rougit, perdit contenance, retira vivement sa main, courut à moi, me prit par le bras et me dit: «Allons-nous-en», le tout en moins de trente secondes.