--Positivement; j'aime trop ma fille pour l'exposer à rencontrer dans la vie des obstacles que j'aurais pu lui éviter.
Je ne crois pas que madame Gauthier m'eût compris, mais elle me remercia avec tant d'effusion que je crus qu'elle allait m'embrasser.
--Et mademoiselle de Haags, qu'allez-vous en faire? lui dis-je pour l'apaiser.
--Ma foi, je n'en sais rien... Elle a assez d'esprit pour se tirer d'affaire. C'est égal, mon gendre, c'est une jolie fille et une femme supérieure.
--Oui, d'accord, fis-je en souriant, mais à présent, chère mère, puisqu'il est entendu que Suzanne fera sa première communion, avouez que vous vouliez me donner en pâture au loup, afin de reconquérir votre petite-fille.
Madame Gauthier murmura quelques paroles fort vagues, que j'acceptai comme une explication. Je ne revis plus mademoiselle de Haags et, bien mieux, je ne sus que très-longtemps après ce qu'elle était devenue.
VIII
Pour me remettre de cette chaude alerte, je m'enfuis à la campagne avec Suzanne. A vrai dire, c'est là que nous étions le plus heureux; nous y passions deux mois tous les ans, et ces deux mois valaient mieux à eux seuls que le reste de l'année. Ce qui m'avait empêché d'y rester plus longtemps, jusque-là, c'était la nécessité de m'occuper de la société par actions dont j'étais le gérant. Je fis alors une réflexion salutaire:
--J'ai soixante-cinq mille francs de rente, me dis-je; à quoi bon, pour toucher un traitement qui ne fait qu'ajouter un peu de luxe autour de nous, rester attaché à une chaîne? Coupons la chaîne, arrière le boulet! Suzanne sera toujours assez riche avec mes soixante-cinq mille francs de revenu!
Je donnai ma démission, et jusqu'à ce jour je bénis la bonne pensée qui m'inspira cette démarche.