Quand nous fûmes dans ce salon, je regardai autour de moi; la vue de ces objets familiers me ramena à moi-même. Je traversai deux pièces, toujours suivi de ma belle-mère; et j'entrai dans la chambre de Suzanne. Chère petite chambre! Elle l'avait voulue bleue, en mémoire de celle où elle était née, où j'avais veillé son berceau jusqu'à ce qu'elle eût sept ans... J'entends la voix de ma belle-mère qui me gourmandait:
--Voyons, mon gendre, ne vous affectez donc pas comme cela! Vous n'êtes qu'une poule mouillée...
Je la regardai hébété, les yeux secs....
--Mais pleurez donc! me dit-elle. J'aimerais mieux vous entendre hurler que de vous voir tranquille comme vous l'êtes!
Je restais toujours immobile. Elle fondit en larmes et se jeta dans mes bras:
--Ah! mon ami, me dit-elle, que nous voilà malheureux! Le monstre qui nous l'a enlevée!
Et pour la première fois de notre vie, nous nous trouvâmes les mains unies, assis à côté l'un de l'autre, en parfaite communauté d'impression.
XVII
Le lendemain j'allai voir mon médecin. Je l'avais beaucoup négligé depuis quelque temps. Il avait assisté au mariage de Suzanne comme les autres et m'avait engagé à lui rendre visite.
--Eh bien! me dit-il en m'apercevant, la santé?