Mais la perspective des petits-fils me consolait un peu. Cependant les fils de M. de Lincy auraient vraiment besoin d'être aussi ceux de Suzanne pour se faire supporter. Je le dis au docteur qui me rit au nez.
--Oui, oui, dit-il, c'est toujours comme cela, et puis on s'y fait. Tenez, votre belle-mère me disait exactement la même chose il y a vingt-quatre ans, quand elle vous donna sa fille en mariage, et vous voyez pourtant si elle a aimé sa petite-fille!
Comme je rentrais, je croisai sous le vestibule Maurice Vernex qui arrivait de province, et qui venait me rendre visite. Sa figure sympathique était justement une de celles que j'avais besoin de voir; je le fis remonter, et nous nous mîmes à causer.
--Tant pis! me dit-il au bout d'une demi-heure de conversation de plus en plus intime. Je peux bien vous le dire, vous ne me fermerez pas votre maison pour cela, je suppose! Et puis, à qui le dirais-je si ce n'est à vous! Je regrette que vous ayez marié mademoiselle Suzanne! Me voici riche!...--je m'aperçus alors qu'il était en deuil,--et je vous assure que j'aurais été un gendre bien aimable!
Il riait, mais certain mouvement nerveux de sa main sur ses genoux me prouva qu'il ne parlait pas tout à fait à la légère. Je pris cependant la chose comme une plaisanterie.
--J'aurais été charmé de vous avoir pour gendre, lui dis-je, et je regrette fort de n'avoir pas une autre fille; mais j'espère aussi que M. de Lincy sera aussi un gendre aimable, et que ma fille sera heureuse avec lui.
--Dieu le veuille! répliqua-t-il avec une ombre de tristesse. Je le souhaite de tout mon coeur!
Il se leva pour partir, et en tenant sa main loyale dans la mienne, je me pris à regretter qu'il ne fût pas en effet mon gendre à la place de cet irréprochable Lincy que je ne pouvais souffrir.
--Pourquoi êtes-vous parti? dis-je d'un ton qui avait bien l'air d'un reproche.
--Ma vieille tante était malade, répondit-il, et sa réponse ressemblait fort à une excuse. Elle est morte dans mes bras; je suis revenu dès que cela m'a été possible...