Elle éclata de son rire joyeux, me prit le bras et m'entraîna sous le couvert d'une allée, pendant que la noble calèche s'éloignait, voiturant mon valet de chambre avec mon sac.
Nous marchâmes pendant un moment, Suzanne et moi; elle, pressée de toute sa force contre mon bras, moi, engourdi par l'excès de ma joie. Au bout d'une vingtaine de pas je m'arrêtai et je la repris dans mes bras avec plus de force encore que la première fois. Elle me rendit mes baisers comme auparavant, j'aurais pu croire que rien n'était changé, et cependant je sentais qu'elle n'était plus la même.
--Eh bien? lui dis-je en contemplant son cher visage, toujours lumineux et doux, mais légèrement pâli.
--Rien, dit-elle en souriant.
Et nous reprîmes notre marche.
--C'est très-joli ici, reprit-elle au bout d'un instant,--quand il ne pleut pas, s'entend. Mon Dieu! qu'il a plu pendant la première semaine! Je n'avais jamais vu tomber tant d'eau!
La question qui me brûlait les lèvres finit par sortir:
--Es-tu heureuse?
--Mais oui! répondit-elle tranquillement,-- trop tranquillement peut-être.
--Et ton mari?