Je n'avais rien à répondre.
--De sorte que me voilà sur le pavé, à mon âge! continua la vieille bonne. Si c'est là ce que j'attendais!...
--Vous savez très-bien que vous n'êtes pas sur le pavé, Félicie, ne dites pas de bêtises; vous rentrez ici, voilà tout. Je tâcherai de faire entendre raison à mon gendre.
Elle haussa les épaules encore une fois. Était-ce à mon adresse ou à celle de M. de Lincy? Je ne pus le savoir.
Ce même jour, quand ils vinrent tous les deux, j'envoyai Suzanne dans ma chambre où elle trouva sa vieille bonne, et je retins mon gendre.
--J'ai vu Félicie, lui dis-je, elle est au désespoir; elle avait élevé Suzanne, vous le savez...
--Elle donnait de mauvais conseils à ma femme, et elle voulait me régenter: à mon grand regret, j'ai dû la renvoyer; vous comprenez, mon cher beau-père, qu'on ne puisse tolérer un ennemi domestique dans sa propre maison... Quittons; je vous en prie, ce sujet désagréable.
--Mais, mon gendre, dis-je avec quelque impatience, si cette femme est attachée à Suzanne. Suzanne lui est également attachée, et vous comprendrez à votre tour que ce changement lui cause un chagrin véritable...
--Votre fille, interrompit M. de Lincy avec un sourire et un air de supériorité sans égale, a assez d'esprit pour se rendre compte de l'état réel des choses. Un sage proverbe dit qu'entre l'arbre et l'écorce il ne faut pas mettre le doigt. Félicie a pu reconnaître à ses dépens la justesse de cette maxime. Je suis résolu à maintenir mon autorité chez moi, par tous les moyens.
Je le regardai bien en face pour voir si ce discours s'adressait à moi; il me fut impossible de rencontrer ses yeux, qui se promenaient avec complaisance sur les tableaux et les bronzes du salon.