Vous ne la recevriez même pas si je n'avais à vous annoncer une bonne nouvelle: mon frère est arrivé hier, en surprise, et mère et moi sommes un peu folles de joie d'avoir notre beau lieutenant de vaisseau. Hélène est amoureuse de son oncle. Elle lui a tout de suite reparlé de vous; c'était au salon, le soir, après dîner.
Gérald, qui n'y va pas par quatre chemins, s'écrie:
—Au fait, miss Suzanne, êtes-vous comme Hélène? notre Philippe étonnant, sera-ce l'élu? vous décidez-vous? l'aimez-vous? Il y avait sensation de flirt entre vous quand j'ai quitté la France; qu'en advint-il?
Suzanne a répondu un peu sèchement:
—Vous avez une drôle de manière d'interroger les gens en coup de fusil...
—C'est que j'ai besoin de savoir s'il est sur les rangs avant de m'y mettre.
—Mettez-vous y toujours, mon cher; on ne fait pas de bons régiments sans beaucoup de soldats.
Et puis, ce feu de peloton tiré, ils se sont mis dans un coin à jaboter.
Ce matin, à onze heures, comme j'étais dans ma chambre, Alice y est entrée. Vous savez que nous avons une tendre affection l'une pour l'autre. Elle m'a demandé, après bien des circonlocutions, d'écrire à Aprilopoulos pour l'inviter à passer quelques jours avec nous. La pauvre femme voudrait bien que ce soit celui-là, l'élu.
Donc, puisque le poulailler s'enrichit de deux coqs, mon frère et le beau Grec, vous pourriez bien venir aussi; n'y mettez pas de discrétion.