—J'y réfléchirais d'abord, dit la joyeuse Trinette. Adieu, Doris, bon voyage; mais prenez bien garde de tomber, si je suis dans votre voisinage....

—Eh bien! quoi donc? demanda le marchand avec un sourire sentimental.

—Venez ici, je vous aiderai. Bonjour, voisin Doris.


Le mois de mars règne à la campagne avec ses alternatives de neige, de tempête et de pluie. Toute la ville tousse et éternue, et demande avec indignation ce qui a valu à ce mois le nom si peu mérité de mois du printemps. Le campagnard ne le demande pas, car pour lui ce mois est riche en phénomènes encourageants, en preuves d'une nouvelle vie et d'une nouvelle force de la nature. Quand, dans les jours sereins et aux heures sereines du jour, il prend son bâton de frêne à la main et va se promener, il voit partout les champs en jachère remplis de belles brebis et de joyeux agneaux, qui paissent sur le chaume; il voit la charrue retourner le chaume d'autres champs qui doivent produire la moisson de l'année. Dans ses étangs sont venus des canards qui feront un nid sous les branches basses du sapin sur le rivage; les coudriers fleurissent; son jardin potager est mis en ordre depuis la Chandeleur, et bientôt il plantera ses pois précoces; encore une quinzaine de jours, et le taureau commencera sa tournée, et déjà les merles chantent gaiement dans son bois encore dépouillé. Avant la fin du mois on lui apporte les premiers œufs de vanneau, et ses choux-fleurs sont déjà plantés. À peine l'inconstant avril est-il arrivé que la cigogne vient poser ses longues pattes sur son toit; ses pêchers commencent à fleurir; son parc de violettes est tout bleu; ses poussins éclosent; une légère teinte verte se répand sur ses arbres, et la verdure croît dans ses champs; la fleur du châtaignier sauvage se montre déjà dans le bouton, et le dix-huit ou le dix-neuf, le gai rossignol annonce par son chant qu'il est là pour chanter la chanson du printemps. Chaque matin il apprend à son déjeuner des nouvelles de ses arbres qui sont devenus tout verts, et à chaque promenade, il rencontre de nouvelles fleurs. Dans le jardin, se montre déjà au-dessus du sol le verdoyant espoir de l'été; les tourterelles sauvages et les pigeons bleus volent dans les arbres avec de petites branches dans leurs becs rouges; l'hirondelle rase l'eau et vole à l'intérieur de l'étable pour suspendre son nid au-dessus du râtelier; le jeune bétail mugit dans la prairie, et les vaches laitières pourront être envoyées aux champs au mois de mai.... Et le dimanche, les chemins sont remplis de promeneurs qui viennent de la ville contempler toutes ces merveilles; parmi eux on en voit un seul qui a mis le pantalon blanc d'été, dans la bienheureuse, conviction qu'il est la première primevère du printemps.


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LE PROGRÈS

Petite fille éveillée,
Que fais-tu dans mon jardin?
Tu cueilles toutes mes fleurs
Et le fais trop brutalement.
(Vieille chanson.)