LE VENT.
La tempête gronde au dehors: l'en tendez-vous, mes amis? La tempête! Le vent est horrible: la bourrasque suit la bourrasque. Il rugit sur votre toit, il siffle par chaque ouverture, par chaque passage. Il ébranle vos portes et vos fenêtres. C'est un temps effroyable.—Ne dites pas: «Animons-nous, rassemblons-nous, mangeons et buvons et parlons si haut que nous n'entendions pas le vent.» C'est une lâcheté épicurienne. De même que, par un temps doux et agréable, vous jetez mille fois les yeux par la fenêtre, et contemplant l'aimable nature dans sa calme beauté, vous vous écriez chaque fois: C'est magnifique! ainsi il convient que, dans un jour comme aujourd'hui, vous écoutiez au moins une seule fois l'ouragan, que vous voyiez sa rage, que vous pensiez à la commotion universelle, et que vous disiez: C'est formidable! Cela est digne d'un homme, me semble-t-il. Je crains que ceux qui ne veulent pas le faire, ne cherchent à échapper aux tempêtes de la vie avec la même pusillanimité. Non, ce n'est pas eux, certes, qui, dans les malheurs et les catastrophes, dans l'infortune et la détresse oseront avoir la conscience de leur état, et relèveront la tête au milieu de la tempête et de l'adversité, en disant:—Me voici! Ils ferment les yeux devant le danger; la pensée seule les effraie. Ils se fortifieraient le cœur en exerçant leur force d'âme; mais ils ne tirent aucune utilité de leurs souffrances: ce sont des lâches. Écoutons la tempête!
Le vent, le terrible vent, d'où vient-il? Où va-t-il? Vaines questions emportées et dispersées par sa puissante haleine! L'invisible, le puissant, le présent partout! Le géant du mystère! Haut, bien haut au-dessus de la terre, il lutte contre le flanc des montagnes, il s'y tord et les fouette; il pénètre dans les fentes des rochers, et les parcourt avec un sifflement aigu; il pousse de sourds grondements dans l'abîme; dans le désert solitaire où aucun autre son que sa voix ne se fait entendre, il soulève le sable en immenses tourbillons; il se promène dans la solitude avec une violence sauvage et bruyante; il parcourt la mer immense! N'est-il pas plus grand qu'elle? Il est son frère, son formidable compagnon de jeu, son adversaire furieux.
Il est indépendant; il souffle où il veut. Quand vous l'attendez à l'orient, il s'élève au nord. Vous croyez qu'il dort au midi, il est à l'est. Comme il s'éveille vite, comme son cri est effrayant, comme ses coups sont irrésistibles! Il est fort; parfois il se joue et folâtre; mais malheur! malheur, quand cela devient sérieux. Car avant que la lutte commence, son triomphe est déjà assuré. Il traverse la forêt comme l'armée de Sennachérib fut parcourue par l'ange exterminateur du Seigneur. Les eaux s'agitent, bouillonnent et brûlent. Lui, il découvre leurs lits, et arrache le rocher de son piédestal. Il brise les rangs des vagues, et joue avec leur écume comme si c'étaient des plumes blanches, arrachées à leurs cimes cuirassées. En vain la mer se lève comme une possédée, folle de rage, rugissante de colère. Il la saisit et la secoue, jusqu'à ce qu'elle s'affaisse impuissante et en proie à des convulsions, et ceux qui se confient à son sein, qui se risquent sur ses dangereuses profondeurs, Seigneur, protégez-les! Ils vont périr.
Voix puissante de la nature, comme tu secoues le cœur des hommes! Tout bruit de la nature inanimée se tait devant toi, vivante voix de l'air! Tu parles: l'écho des montagnes, le sein des eaux, l'épais feuillage te répondent. Mais ta voix les domine tous. Tu peux bien t'appeler la voix du Seigneur. Assurément non: ni le mugissement qui retentit dans les flancs des rochers, ni la flèche sifflante, ni le cheval ailé, ni l'aigle volant de ses ailes puissantes ne peuvent te dépasser, tu es la voix du Tout-Puissant. Ton esprit est un souffle, un puissant murmure. Le chaos était désert, désert et vide, pas d'ordre, pas de distinction, pas de lumière, pas de sons. Les ténèbres planaient sur l'abîme. Tout était morne et sans vie. Mais un puissant et fécond tourbillon de vent passa sur les profondeurs. C'était le souffle de Dieu courant sur les eaux. Elles frémirent sous ce, contact; ce frémissement était la vie. Le silence était rompu. Dès ce moment la force créatrice de Dieu, l'ordre et la vie se manifestèrent. Dans le murmure de la brise du soir, Jéhovah se plut à faire apparaître le premier fils de la poussière; du milieu d'un tourbillon de vent parlant à Job, il lui apprit à trembler devant sa toute-puissance. Entends-tu ce solennel rugissement? Eh bien! ce fut un bruit semblable qui remplit l'édifice où les disciples étaient rassemblés le jour de la Pentecôte. C'était l'esprit de Dieu descendant sur la terre dans un puissant tourbillon de vent.
Mais ce symbole de la force de Dieu, si invisible, si formidable, n'est-il pas aussi une ombre de sa bienfaisance? Voyez, maintenant, il est violent et destructeur; mais ce n'est pas un dévastateur uniquement créé pour détruire. Lorsque tout est plongé dans un morne silence, que le soleil est brûlant, la croûte de la terre fendue, le feuillage brûlé, les plantes des champs à peine nées, maigres, étiolées et couvertes de poussière, comme un chancre de destruction, s'apprêtant à tout dévorer dans l'ombre, fait lever du tiède marais la vapeur empestée de la mort; alors la mort se réjouit à l'espoir d'une riche moisson. Mais dans le lointain, vous voyez un petit nuage, pas plus grand que votre poing, et c'est comme si vous entendiez déjà tomber une pluie battante; car le messager du Seigneur s'est levé, le vent aux larges ailes qui vous l'apportera en un clin d'œil. Il vient, le vent béni! Devant lui fuient les émanations pestilentielles qui flottaient sur vos têtes, et sous ses ailes il apporte les trésors de la fécondité et de l'épanouissement, de la santé et de la force. Il renouvelle la face de la terre. Il emporte la poussière qui couvrait les moissons; il éveille de son assoupissement la force végétative. Il va rafraîchissant tout et distribuant partout les bouffées de bien-être et de vie.
Vous rappelez-vous ce délicieux soir d'été dont vous avez si bien goûté les jouissances? Le jour avait été pesant et d'une chaleur accablante. Le soleil, ardent jusqu'à la fin, s était couché dans la pourpre, dans l'or et dans les roses. Les oiseaux ne chantaient pas encore. Un lourd fardeau semblait peser sur la nature. Mais voilà que s'éveille un léger bruit, le murmure d'une douce brise! Avec quelle volupté vous l'aspirâtes de vos lèvres altérées et vous la laissâtes se jouer dans vos boucles de cheveux humides de rosée! Elle venait en flottant doucement, chargée des effluves parfumées des feuilles et des fleurs, et rafraîchissait le feuillage et les brins d'herbe. Elle passait en battant des ailes au-dessus des eaux tièdes, et les rafraîchissait en les faisant rider et en murmurant de joie: les cimes des arbres semblaient murmurer entr'elles; c'était un agréable mélange de sons doux et paisibles. Il te semblait que tout se confondait en une seule voix d'amour. Eh bien! c'était la voix de l'amour de Dieu. Ainsi murmurait-elle aux oreilles du prophète, au sommet de l'Horeb, où il était debout attendant le Seigneur. Et voyez, le Seigneur passa, et un vent violent et fort comme celui-ci, déchirant les montagnes et brisant les rochers, précède le Seigneur. Mais le Seigneur n'était pas dans le vent; et après ce vent il y eut un tremblement de terre, et après le tremblement de terre une éruption de feu. Le Seigneur n'était pas non plus dans le feu; et après le feu, une voix douce se fit entendre. Alors le Seigneur parla à Elie. Cela, mes amis, se trouve dans la Bible, afin que vous le lisiez dans les temps de tempête. Oh! la nuit, la nuit, lorsque vous êtes couché sans sommeil, et que le vent déchaîné tourne autour de la maison comme un lion rugissant, qui semble devoir y pénétrer,—alors un frémissement vous secoue jusqu'au fond de l'âme. Dites-moi, avez-vous prié Dieu, le Seigneur devant qui les ouragans et les tempêtes sont comme des serviteurs quand il les appelle? ils viennent à lui et disent:
—Nous voici! le Dieu qui les envoie et les rappelle comme des messagers et des esclaves, le Tout-Puissant, doux et aimable comme une tiède fraîcheur! Endormez-vous, fussiez-vous même de tendres mères dont les fils sont éloignés, peut-être même sur les vastes mers. Encore une fois, des prières, et avec cette pensée, il vous semblera que le vent se tait et que vous êtes entouré du doux amour de Dieu qui vous apporte le calme. Ne craignez pas,—croyez seulement.