Alors il suspendit le lièvre en sautoir par les pattes sut le bâton de l'enfant: celui-ci, fier de sa charge et se sentant plus grand que tous les enfants de paysans réunis des seigneurs de Schoorl, Groet et Kamp, descendit rapidement avec l'animal.
Mais Antoine cacha les deux perdreaux dans l'intérieur du sac de la carnassière, si bien que la moindre plume n'en dépassait pas.
—Je serai malin, se dit-il à lui-même, et je vais voir d'abord ce qu'elle va faire.
Ainsi il traverse le village et suivit le chemin de sable; calculant s'il était vraisemblable que Jeannette fût ou non à la maison à cette heure de la journée. Il était encore à cinquante pas de sa chaumière. Le bois tressaillit à sa droite, et Jeannette s'élança en poussant un grand cri pour l'effrayer. Le sourd-muet la suivait lentement.
Antoine le chasseur s'effraya plus que Jeannette n'avait pu s'y attendre. Un frisson glacial lui parcourût les membres. Mais il se remit sur-le-champ.
—Sac plat! lui cria-t-il en riant.
—Cela n'est pas vrai, dit la joyeuse fille, car j'ai vu le garçon avec le lièvre. Mais où sont les perdreaux, Antoine?
—Je n'ai pu en atteindre, dit Antoine, qui sentit que son visage le trahissait. Mais non, Jeannette, ajouta-t-il, la jeune fille le regardant avec incrédulité.
—Voyons, camarade, dit-elle; et elle saisit la carnassière pour se convaincre.
Mais il tira celle-ci de la main chérie et la repoussa brusquement vers son côté droit. La jeune fille sourit et sauta devant lui pour tacher de voir dedans. Un coup retentit: le chien aboya. Jeannette gisait sanglante à ses pieds.