[II]
LE DOMESTIQUE DU BATELIER.
—Si nous avions une servante de moins? dit le bourgmestre Dikkerdak à madame Dikkerdak un beau matin, et il éplucha la frange de ta cordelière de sa robe de chambre, comme s'il avait envie de faire fortune en réalisant cette proposition.
—Une servante de moins! s'écria madame Dikkerdak, et ses yeux se mirent à briller d'une façon effrayante, c'est impossible, monsieur! Si on consomme trop, ce n'est pas le fait des servantes. Les servantes doivent rester. Je, et elle appuya d'une manière étonnante sur ce pronom, je ne puis me passer d'aucune de mes domestiques.
Le bourgmestre eut un violent accès de toux, car il avait la poitrine oppressée; il déploya un numéro du Journal de Harlem ... octobre 18.. (il y a longtemps) avec précaution de ses plis officiels; posa une petite bûche sur le feu; alla jusqu'à la fenêtre; regarda les arbres de sa campagne, puis son abdomen, puis les pointes de ses pantoufles flambées; eut encore une accès de toux; quitta la chambre avec gravité; alla se faire poudrer, et cette opération solennelle étant terminée, s'enferma dans sa chambre. Alors il étendit la main et sonna.
—Faites monter Kees[1], dit-il au domestique qui entra.
Kees vint, poudré comme son maître; c'était un homme d'environ cinquante ans, de taille moyenne.—Que désire monsieur? demanda-t-il.
—Kees, commença le bourgmestre; mais un nouvel accès d'oppression de poitrine l'empêcha d'aller plus loin. Kees écoutait la toux dans la plus respectueuse attitude.
—Kees, reprit le bourgmestre, tu m'as fidèlement servi pendant vingt-deux ans, loyalement servi, servi avec zèle...