Cela resta ainsi en suspens, mais seulement une quinzaine de jours; c'était un mardi, et monsieur allait tous les mardis à la chambre du bourgmestre; nous partîmes en voiture pour la ville. Nous arrêtons devant l'hôtel-de-ville; je descends et j'aide monsieur à sortir.—Attends ici un instant, me dit-il.—Avec la voiture?—Non, dit-il; toi seul, Kees; va près du messager de l'hôtel-de-ville, tu le connais.

C'était en effet mon neveu.—Que venez-vous faire ici, me dit celui-ci. Je dis: Je n'en sais rien. Et monsieur entre. Je pensais: monsieur ne sera pas assez fou pour aller parler là dedans de cette plaisanterie; car je croyais que Maire était oubliée; il a bien vu que cela ne m'allait pas. Mais toute sa vie! J'attendis bien une demi-heure; puis on sonna. Mon neveu entra avec un trousseau de clefs: que va-t-on faire de moi? En un clin d'œil j'étais de retour; on m'avait fait une belle vie. Je dus venir en haut. Là était assis monsieur qui est passablement gros, et puis le gros Van Zuchter, et M. Daats, dont le fils est encore bourgmestre, je crois, et le défunt M. Watser avec sa perruque à queue; puis M. Kierewier, mais celui-ci n'avait rien à dire; il était là comme secrétaire et assis au milieu des papiers. Le plus gros, Van Zuchter, avait un petit marteau dans la main; il commença à me faire un sermon et à m'adresser des félicitations en même temps; en un mot à me dire que, grâce aux belles paroles de M. Dikkerdak, mon maître, ces messieurs avaient consenti à faire selon mon désir, c'est-à-dire à me nommer domestique du trekschnit de X., et qu'ils espéraient que je remplirais ce poste fidèlement et loyalement et aurais bien soin de tout à bord. Voyez-vous, je fus si fâché, monsieur, que je pensai en avoir une attaque: Attends, mon gros, dis-je, tiens-toi bien un instant, je vais parier avec toi; car, voyez-vous, je songeais à dire carrément que je ne le ferais pas. Mais, ah! bien oui, dès que j'eus amen, ils commencèrent tous à me féliciter, et à faire que c'était une bénédiction, et Kierewier avait préparé un papier qu'il me mit dans la main, et mon maître ne faisait que tousser: c'est maintenant qu'il avait la poitrine oppressée; avant que je pusse dire quelque chose, M. Van Zuchter prit une grande sonnette de table; elle ressemblait à une cloche, et alors mon neveu rentra, et je n'eus plus qu'à partir; mais que dit ma femme lorsque je revins à la maison comme domestique de batelier! J'étais à peine rentré à la maison que déjà madame Dikkerdak et mademoiselle étaient là, tout le monde me félicitait et me disait que je serais bientôt batelier! Une belle chose: tous les bateliers sont plus jeunes que moi, et je ne viens que le troisième après le plus jeune domestique.—Et comme ma femme se lamenta, lorsque dans les froides matinées je devais aller à la barque avec ma vadrouille sous le bras! Oh! mes chères gens! Enfin nous avons trainé et nous traînons comme nous pouvons. Monsieur est mort, madame est morte, et la jeune demoiselle a encore dernièrement voyagé avec moi; mais elle disait à peine bonjour et bonsoir, et je suis maintenant dans ma soixante-dixième année... Ho... o,... o..., conducteur, la corde va se mettre en pièces avec ces chocs. Elle durera encore plus longtemps, que moi, s'il plaît à Dieu!


[1] Abréviation de Corneille.

[2] Trousseau fait de vieux cordages défilés qui sont attachés au bout d'un bâton et dont on se sert comme d'un balai à bord des navires pour les nettoyer.


[III]

LE BARBIER.

À monsieur J. D. Van den Hanzett, chirurgien à Monnikendam.

Mon digne collègue,