Non, non. Mais je savais déjà tout cela.—Que dit-il de notre mariage? Qu'en dit-il?
LA NOURRICE.
Seigneur! comme ma tête me fait mal! Quelle tête j'ai!—Elle bat comme si elle allait se briser en cent pièces.—Mon dos, de l'autre côté! Oh! mon dos, mon dos!—Maudite soit votre idée de m'envoyer comme cela—attraper ma mort à force de trotter par les rues!
JULIETTE.
En bonne foi, je suis fâchée que tu ne sois pas bien.—Chère, chère, chère nourrice, dis-moi, que répond mon amour?
LA NOURRICE.
Votre amour répond comme un honnête gentilhomme qu'il est,—et courtois, et doux, et beau,—et vertueux, j'en suis caution. Où est votre mère[239]?
Cela ne tarit pas. Son bavardage est pire encore quand elle vient annoncer à Juliette la mort de son cousin et l'exil de Roméo. Ce sont les cris perçants et les hoquets d'une grosse pie asthmatique. Elle se lamente, elle brouille les noms, elle fait des phrases, elle finit par demander de l'eau-de-vie. Elle maudit Roméo, puis elle l'amène dans la chambre de Juliette. Le lendemain, on commande à Juliette d'épouser le comte Paris; Juliette se jette dans les bras de sa nourrice, implorant consolations, conseil, assistance. Celle-ci trouve le vrai remède: épousez Paris.
Oh! c'est un aimable gentilhomme!—Roméo est un torchon de cuisine auprès de lui.... Un aigle, madame,—n'a pas l'œil aussi vert, aussi vif, aussi perçant—que Paris. Malédiction sur moi,—si je ne vous trouve pas heureuse de ce second mariage,—car il surpasse votre premier[240]!
Cette immoralité naïve, ces raisonnements de girouette, cette façon de juger l'amour en poissarde, achèvent le portrait.