Cette opinion du politique ne fait que résumer les remarques du moraliste. S'il hait l'aristocratie, c'est moins parce qu'elle opprime l'homme que parce qu'elle corrompt l'homme; en déformant la vie sociale, elle déforme la vie privée; en instituant des injustices, elle institue des vices; après avoir accaparé l'État, elle empoisonne l'âme, et Thackeray retrouve sa trace dans la perversité et dans la sottise de toutes les classes et de tous les sentiments.
Le roi ouvre cette galerie de portraits vengeurs. C'est Georges IV, «le premier gentilhomme du monde.» Ce grand monarque, si justement regretté, sut tailler des patrons d'habits, mener une voiture aussi bien qu'un cocher de Brighton et jouer du violon. Dans la vigueur de la jeunesse et dans le premier feu de l'invention, il inventa le punch au marasquin, une boucle de soulier et un pavillon chinois, le plus hideux bâtiment du monde. «Nous l'avons vu au théâtre de Drury-Lane, nous l'avons vu, l'unique! le roi! oui, le roi. Il y était. Les estafiers se tenaient devant la loge auguste. Le marquis de Steyne (lord du cabinet à poudre) et plusieurs autres grands officiers de l'État étaient debout derrière le fauteuil où il était assis..., où il était assis, sa face rouge toute fleurie, sa riche chevelure frisée, son noble ventre tendu en avant. Comme on criait! comme on applaudissait! comme on agitait les mouchoirs! Les dames pleuraient, les mères embrassaient leurs enfants. Quelques-unes s'évanouirent. Oui, nous l'avons vu. La fortune ne peut plus maintenant nous priver de cette joie. D'autres ont vu Napoléon. Que ce soit notre juste orgueil devant notre postérité d'avoir contemplé Georges le Bon, Georges le Magnifique, Georges le Grand.»
Cher prince! la vertu émanée de son trône héroïque se répandait dans le cœur de tous ses courtisans. Qui jamais offrit un plus bel exemple que le marquis de Steyne? Ce seigneur, roi chez lui, a voulu prouver qu'il l'était. Il force sa femme à s'asseoir à table à côté de filles perdues, ses maîtresses. En vrai prince, il a pour ennemi principal son fils aîné, héritier présomptif du marquisat, qu'il laisse jeûner et qu'il engage à faire des dettes. En ce moment il courtise une charmante personne, mistress Rebecca Crawley, qu'il aime pour son hypocrisie, son sang-froid et son insensibilité sans égale. Le marquis, à force d'avilir et de tyranniser ceux qui l'entourent, a fini par haïr et mépriser l'homme; il n'a plus de goût que pour les scélérats parfaits. Celle-ci le réveille; un jour même elle le transporte d'enthousiasme. Elle jouait Clytemnestre dans une charade, et son mari, Agamemnon; elle court au lit les yeux enflammés, l'épée prête, d'un tel air que chacun frémit. «Brava! brava! crie le vieux Steyne d'une voix stridente. Par Dieu, elle le ferait!» On voit qu'il a le sentiment du devoir conjugal. Sa conversation est d'une franchise touchante. «Je ne peux pas renvoyer ma pauvre chère Briggs, lui dit Rebecca.—Vous lui devez ses gages?—Bien plus; je l'ai ruinée.—Ruinée? Alors pourquoi ne la chassez-vous pas?» Du reste, gentleman accompli et d'une douceur engageante, il traite ses femmes en pacha, et ses paroles valent des coups de verge. Je recommande au lecteur la scène domestique où il donne l'ordre d'inviter mistress Rebecca Crawley. Lady Gaunt, sa belle-fille, dit qu'elle n'assistera pas au dîner, et restera chez elle. «Très-bien! vous y trouverez les recors; cela me dispensera de prêter à vos parents et de voir vos airs tragiques. Qui êtes-vous pour donner des ordres ici? Vous n'avez pas d'argent; vous n'avez pas de cervelle. Vous étiez ici pour avoir des enfants, et vous n'en avez pas. Gaunt est las de vous. Votre belle-sœur est la seule de la famille qui ne vous souhaite point morte, parce que Gaunt se remarierait si vous l'étiez. Vous, prude! De grâce, madame, vous raconterai-je quelques petites anecdotes sur milady Bareacres, votre maman?» Le reste est du même style. Ses belles-filles, poussées à bout, disent qu'elles voudraient être mortes. Cette déclaration le met en joie, et il conclut par ce principe: «Ce temple de la vertu m'appartient, et, si j'y invite tout Newgate ou tout Bedlam, par Dieu! ils y seront bien reçus.» L'habitude du despotisme fait les despotes, et le meilleur moyen de mettre des tyrans dans les familles, c'est de garder des nobles dans l'État.
Reposons-nous à contempler le gentilhomme de campagne. L'innocence des champs, les respects héréditaires, les traditions de famille, la pratique de l'agriculture, l'exercice des magistratures locales, ont dû produire là des hommes probes, sensés, pleins de bonté et d'honnêteté, protecteurs de leur comté et serviteurs de leur pays. Sir Pitt Crawley leur offre un modèle; il a 100000 francs de rente, deux siéges au parlement. Il est vrai que les deux siéges lui sont donnés par des bourgs pourris, et qu'il vend le second moyennant 1500 louis par an. Il est excellent économe, et tond de si près ses fermiers, qu'il ne trouve pour locataires que des faillis. Entrepreneur de diligences, fournisseur du gouvernement, concessionnaire de mines, il paye si mal ses agents et épargne si fort sur la dépense, que ses mines s'inondent, ses chevaux crèvent, ses fournitures lui sont renvoyées. Homme populaire, il préfère toujours la société d'un maquignon à la compagnie d'un gentleman. Il jure, boit, plaisante avec les filles d'auberge, vide un verre de vin à la table d'un fermier qu'il exproprie le lendemain, rit avec un braconnier qu'il envoie deux jours après convict en Australie. Il a l'accent d'un provincial, l'esprit d'un laquais, les façons d'un rustre. À table, servi par trois laquais et par un sommelier dans de l'argent massif, il demande compte des plats et des bêtes qui les ont fournis. «Qui était ce mouton, Horrock, et quand l'avez-vous tué?—Un des écossais à tête noire, sir Pitt. Nous l'avons tué jeudi.—Qui en a pris?—Steel de Mudbury a pris le dos et les deux cuisses, sir Pitt; mais il dit que le dernier était trop jeune et diablement laineux, sir Pitt.—Et les épaules?» Le dialogue continue sur le même ton: après le mouton d'Écosse, le cochon noir de Kent; ces bêtes semblent la famille de sir Pitt, tant il s'y intéresse. Pour ses filles, il les laisse vagabonder dans la loge du jardinier, où elles prendront l'éducation qui se trouvera. Pour sa femme, il la bat de temps à autre. Pour ses gens, il leur redemande les liards de sa monnaie. «Un liard par jour fait sept schellings par an; sept schellings par an sont l'intérêt de sept guinées. Ayez soin de vos liards, vieille Tinker, et les guinées vous viendront d'elles-mêmes.—Il n'a jamais donné un liard dans sa vie, dit la vieille en grommelant.—Jamais, et je n'en donnerai jamais un; c'est contre mon principe.» Il est impudent, brutal, grossier, ladre, retors, extravagant. Du reste, courtisé par les ministres, grand shérif, honoré, puissant, il roule en carrosse doré et se trouve un des piliers de l'État.
Ceux-là sont riches; probablement l'argent les a corrompus. Cherchons un noble pauvre, exempt de tentations; sa grande âme, livrée à elle-même, laissera voir toute sa beauté native: sir Francis Clavering est dans ce cas. Il a joué, bu et soupé jusqu'à se mettre sur la paille. Il a escroqué de l'argent dans son régiment, «montré sa plume blanche[26],» et, après avoir couru tous les billards de l'Europe, s'est vu déposer en prison par des créanciers discourtois. Pour en sortir, il a épousé une bonne veuve créole qui traite outrageusement l'orthographe, et dont l'argent n'est pas net. Il la ruine, se met à genoux devant elle pour obtenir des écus et son pardon, jure sur la Bible de ne plus faire de dettes, et court en sortant chez l'usurier. De tous les coquins que les romanciers ont mis en scène, il est le plus ignoble. Il n'a plus ni volonté ni bon sens: c'est un homme dissous. Il avale les affronts comme l'eau, pleure, demande pardon et recommence. Il s'humilie, se prosterne, et un instant après jure et tempête, pour retomber dans l'abattement de la plus extrême lâcheté. Il implore, menace, et dans le même quart d'heure prend l'homme menacé pour confident intime et ami de cœur. «N'est-ce pas dur, Altamont, que milady ne veuille plus me confier une seule cuiller? Cela n'est pas d'une lady, Altamont. Il est bien cruel à elle de ne pas me montrer plus de confiance! Et les domestiques qui commencent à rire, les infâmes gredins! Ils ne répondent plus à ma sonnette. Et mon valet qui était au Vauxhall la nuit dernière avec une de mes chemises de toilette et mon gilet de velours! Je l'ai bien reconnu, mon gilet. Ce maudit chien d'insolent! Et il est venu danser devant mon nez, le diable l'emporte. Tous ces infernaux gredins de valets!» Sa conversation est un composé de jurons, de lamentations et de radotages; ce n'est plus un homme, mais les débris d'un homme: il ne subsiste en lui que des restes discordants de passions viles, pareilles aux tronçons d'un serpent écrasé, et qui, faute de pouvoir mordre, se froissent et se tordent dans la bave et dans la boue. L'aspect d'un billet de banque le fait courir les yeux fermés à travers un monceau de supplications et de mensonges. Pour lui l'avenir a disparu; il ne voit que le présent. Il signera une lettre de change de vingt louis à trois mois pour avoir vingt francs tout de suite. Son abrutissement est devenu de l'imbécillité; ses yeux sont bouchés; il ne voit pas que ses protestations excitent la défiance, que ses mensonges excitent le dégoût, qu'à force de bassesse il perd le fruit de ses bassesses, tellement qu'en le voyant entrer on éprouve la violente envie de prendre au cou le noble baronnet, membre du parlement, auguste, habitant d'un manoir historique, pour le jeter, comme un panier d'ordures, du haut en bas de l'escalier.
Il faut s'arrêter; un volume n'épuiserait pas la liste des perfections que Thackeray découvre dans l'aristocratie anglaise. C'est le marquis de Farintosh, vingt-cinquième du nom, illustre imbécile, bien portant et content de soi, que toutes les femmes lorgnent et que tous les hommes saluent; c'est lady Kew, vieille femme du monde, tyrannique et corrompue, qui fait la guerre à sa fille et la chasse aux mariages; c'est sir Barnes Newcome, un des êtres les plus poltrons, les plus méchants, les plus menteurs, les mieux bafoués et les plus battus qui aient souri dans un salon et harangué dans un parlement. Je n'en vois qu'un seul estimable, personnage effacé, lord Kew, qui, après beaucoup de sottises et de débauches, est touché par sa vieille mère puritaine et se repent. Mais ces portraits sont doux auprès des dissertations; le commentateur est plus amer encore que l'artiste; il blesse mieux en parlant qu'en faisant parler. Il faut lire ses poignantes diatribes contre les mariages de convenance et le sacrifice des filles, contre l'inégalité des héritages et l'envie des cadets, contre l'éducation des nobles et leurs traditions d'insolence, contre l'achat des grades à l'armée, contre l'isolement des classes, contre tous les attentats à la nature et à la famille inventés par la société et par la loi. Par derrière cette philosophie s'étend une seconde galerie de portraits aussi insultants que les premiers: car l'inégalité, ayant corrompu les grands qu'elle exalte, corrompt les petits qu'elle ravale, et le spectacle de l'envie ou de la bassesse dans les petits est aussi laid que le spectacle de l'insolence ou du despotisme dans les grands. Selon Thackeray, la société anglaise est un composé de flatteries et d'intrigues, chacun s'efforçant de se guinder d'un échelon et de repousser ceux qui montent. Être reçu à la cour, voir son nom dans les journaux sur une liste d'illustres convives, offrir chez soi une tasse de thé à quelque illustre pair hébété et bouffi, telle est la borne suprême de l'ambition et de la félicité humaine. Pour un maître, il y a toujours cent valets. Le major Pendennis, homme résolu, de sang-froid et habile, a contracté cette lèpre. Son bonheur aujourd'hui est de saluer un lord. Il ne se trouve bien que dans un salon ou dans un parc d'aristocratie. Il a besoin d'être traité avec cette bienveillance humiliante dont les grands assomment leurs inférieurs. Il embourse très-bien les manques d'égards, et dîne gracieusement à une table illustre où on l'invite en trois ans deux fois pour boucher un trou. Il quitte un homme de génie ou une femme d'esprit pour causer avec une pécore titrée ou un lord ivrogne. Il aime mieux être toléré chez un marquis que respecté chez un bourgeois. Ayant érigé ces belles inclinations en principes, il les inculque à son neveu qu'il aime, et, pour le pousser dans le monde, lui offre en mariage une fortune escroquée et la fille d'un convict.—D'autres se glissent dans les salons augustes, non plus par mœurs de parasites, mais à beaux deniers comptants. Autrefois en France les seigneurs, avec des écus bourgeois, fumaient leurs terres; aujourd'hui en Angleterre les bourgeois, avec un mariage noble, anoblissent leur argent. Moyennant cent mille guinées donnés au père, Pump le marchand épouse lady Blanche Cou-Roide, laquelle reste lady, quoique sa femme. Naturellement il est méprisé par elle, comme bourgeois, et de plus détesté, comme l'ayant faite à demi bourgeoise. Il n'ose voir ses amis chez lui, ce sont gens trop bas pour sa femme. Il n'ose visiter les amis de sa femme chez eux, ce sont gens trop hauts pour lui. Il est le sommelier de sa femme, la risée de son beau-père, le domestique de son fils, et se console en espérant que ses petits-fils, devenus barons Pump, rougiront de lui et ne voudront jamais prononcer son nom.—Une troisième façon d'entrer dans la noblesse est de se ruiner et de ne voir personne. Ce moyen ingénieux est employé à la campagne par Mme la majoresse Punto. Elle a pour ses filles une gouvernante incomparable, qui croit que Dante s'appelait Alighieri parce qu'il était d'Alger, mais qui a fait l'éducation de deux marquis et d'une comtesse. «Cette solitude est triste, lui dit quelqu'un, vous pourriez recevoir l'homme de loi.—Une famille comme la nôtre, cher monsieur, est-ce possible?—Le docteur?—Lui peut-être; mais sa femme et ses enfants, fi donc!—Les gens de cette grande maison là-bas?—Là-bas? Le château calicot? un drapier retiré! Des gens comme nous sont obligés de se respecter eux-mêmes.—Le ministre?—Horreur! Il prêche en surplis, mon cher monsieur, c'est un puséiste.» Cette famille sensée bâille toute seule six mois durant, et le reste de l'année jouit de la gloutonnerie des hobereaux qu'elle régale et des rebuffades des grands lords qu'elle visite. Le fils, officier de hussards, a besoin de luxe pour vivre de pair avec les seigneurs ses camarades, et son tailleur prend au père trois cents guinées par an sur neuf cents qui font tout le revenu de toute la famille. Je ne finirais pas si je comptais toutes les vilenies et toutes les misères que Thackeray attribue à l'esprit aristocratique: la division des familles, la hauteur de la sœur anoblie, la jalousie de la sœur roturière, l'abaissement des caractères dressés dès l'école à vénérer les petits lords, la dégradation des filles qui veulent accrocher des maris nobles, la rage des vanités refoulées, la lâcheté des complaisances offertes, le triomphe de la sottise, le mépris du talent, l'injustice consacrée, le cœur dénaturé, les mœurs perverties. Devant ce tableau frappant de vérité et de génie, on a besoin de se rappeler que cette inégalité blessante est la cause d'une liberté salutaire, que l'iniquité sociale produit la prospérité politique, qu'une classe de grands héréditaires est une classe d'hommes d'État héréditaires, qu'en un siècle et demi l'Angleterre a eu cent cinquante ans de bon gouvernement, qu'en un siècle et demi la France a eu cent vingt ans de mauvais gouvernement, que tout se paye et qu'on peut payer cher des chefs capables, une politique suivie, des élections libres, et la surveillance du gouvernement par la nation. On a besoin aussi de se rappeler que ce talent, fondé sur la réflexion intense et concentré dans les préoccupations morales, a dû transformer la peinture des mœurs en satire systématique et militante, exaspérer la satire jusqu'à l'animosité calculée et implacable, noircir la nature humaine, et s'acharner, avec une haine choisie, redoublée et naturelle, contre le vice principal de son pays et de son temps.
§ 2.
L'ARTISTE.
I
En littérature comme en politique, on ne peut tout avoir. Les talents, comme les bonheurs, s'excluent. Quelque constitution qu'il choisisse, un peuple est toujours à demi malheureux; quelque génie qu'il ait, un écrivain est toujours à demi impuissant. Nous ne pouvons garder à la fois qu'une attitude. Transformer le roman, c'est le déformer: celui qui, comme Thackeray, donne au roman la satire pour objet cesse de lui donner l'art pour règle, et toutes les forces du satirique sont des faiblesses du romancier.
Qu'est-ce qu'un romancier? À mon avis, c'est un psychologue, un psychologue qui naturellement et involontairement met la psychologie en action; ce n'est rien d'autre, ni de plus. Il aime à se représenter des sentiments, à sentir leurs attaches, leurs précédents, leurs suites, et il se donne ce plaisir. À ses yeux, ce sont des forces ayant des directions et des grandeurs différentes. De leur justice ou de leur injustice, il s'inquiète peu. Il les assemble en caractères, conçoit la qualité dominante, aperçoit les traces qu'elle laisse sur les autres, note les influences contraires ou concordantes du tempérament, de l'éducation, du métier, et travaille à manifester le monde invisible des inclinations et des dispositions intérieures par le monde visible des paroles et des actions extérieures. À cela se réduit son œuvre. Quels que soient ces penchants, peu lui importe. Un vrai peintre regarde avec plaisir un bras bien attaché et des muscles vigoureux, quand même ils seraient employés à assommer un homme. Un vrai romancier jouit par contemplation de la grandeur d'un sentiment nuisible ou du mécanisme ordonné d'un caractère pernicieux. Pour talent il a la sympathie, car elle est la seule faculté qui copie exactement la nature; occupé à ressentir les émotions de ses personnages, il ne songe qu'à en marquer la vigueur, l'espèce et les contre-coups. Il nous les représente telles qu'elles sont, tout entières, sans les blâmer, sans les punir, sans les mutiler; il les transporte en nous intactes et seules, et nous laisse le droit d'en juger comme il nous convient. Tout son effort est de les rendre visibles, de dégager les types obscurcis et altérés par les accidents et les imperfections de la vie réelle, de mettre en relief les larges passions humaines, d'être ébranlé par la grandeur des êtres qu'il ranime, de nous soulever hors de nous-mêmes par la force de ses créations. Nous reconnaissons l'art dans cette puissance créatrice, indifférente et universelle comme la nature, plus libre et plus puissante que la nature, reprenant l'œuvre ébauchée ou défigurée de sa rivale pour corriger ses fautes et effectuer ses conceptions.