PAR H. TAINE
DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE
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SEIZIÈME ÉDITION
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PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET Cⁱᵉ
79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
1904
Droits de traduction et de reproduction réservés.

A MARCELIN
(ÉMILE PLANAT)

Voici un voyage aux Pyrénées, mon cher Marcelin; j’y suis allé; c’est un mérite; bien des gens en ont écrit, et de plus longs, de leur cabinet.

Mais j’ai des torts graves, et qui me rabaissent fort. Je n’ai gravi le premier aucune montagne inaccessible; je ne me suis cassé ni jambe ni bras; je n’ai point été mangé par les ours; je n’ai sauvé aucune jeune Anglaise emportée par le Gave; je n’en ai épousé aucune; je n’ai assisté à aucun duel; je n’ai vu aucune tragédie de brigands ou de contrebandiers. Je me suis promené beaucoup; j’ai causé un peu; je raconte les plaisirs de mes oreilles et de mes yeux. Qu’est-ce qu’un homme qui revient de voyage avec tous ses membres, aussi peu héros que possible, et qui l’avoue ? J’ai parlé dans ce livre, comme avec toi. Il y a un Marcelin connu du public, fin critique, perçant moqueur, amateur et peintre de toutes les élégances mondaines; il y a un autre Marcelin, connu de trois ou quatre personnes, érudit et penseur. S’il y a ici quelques bonnes idées, la moitié lui en appartient; je les lui rends.

Mars 1858.

H. Taine.

I
LA CÔTE

VOYAGE
AUX PYRÉNÉES