— Tu es certainement mon ancien hôte paternel. Autrefois, le noble Oineus reçut pendant vingt jours dans ses demeures hospitalières l'irréprochable Bellérophontès. Et ils se firent de beaux présents. Oineus donna un splendide ceinturon de pourpre, et Bellérophontès donna une coupe d'or très creuse que j'ai laissée, en partant, dans mes demeures. Je ne me souviens point de Tydeus, car il me laissa tout petit quand l'armée des Akhaiens périt devant Thèbè. C'est pourquoi je suis un ami pour toi dans Argos, et tu seras le mien en Lykiè quand j'irai vers ce peuple. Évitons nos lances, même dans la mêlée. J'ai à tuer assez d'autres Troiens illustres et d'alliés, soit qu'un dieu me les amène, soit que je les atteigne, et toi assez d'Akhaiens, si tu le peux. Echangeons nos armes, afin que tous sachent que nous sommes des hôtes paternels.

Ayant ainsi parlé tous deux, ils descendirent de leurs chars et se serrèrent la main et échangèrent leur foi. Mais le Kronide Zeus troubla l'esprit de Glaukos qui donna au Tydéide Diomèdès des armes d'or du prix de cent boeufs pour des armes d'airain du prix de neuf boeufs.

Dès que Hektôr fut arrivé aux portes Skaies et au hêtre, toutes les femmes et toutes les filles des Troiens couraient autour de lui, s'inquiétant de leurs fils, de leurs frères, de leurs concitoyens et de leurs maris. Et il leur ordonna de supplier toutes ensemble les dieux, un grand deuil étant réservé à beaucoup d'entre elles. Et quand il fut parvenu à la belle demeure de Priamos aux portiques éclatants, — et là s'élevaient cinquante chambres nuptiales de pierre polie, construites les unes auprès des autres, où couchaient les fils de Priamos avec leurs femmes légitimes; et, en face, dans la cour, étaient douze hautes chambres nuptiales de pierre polie, construites les unes auprès des autres, où couchaient les gendres de Priamos avec leurs femmes chastes, — sa mère vénérable vint au-devant de lui, comme elle allait chez Laodikè, la plus belle de ses filles, et elle lui prit la main et parla ainsi:

— Enfant, pourquoi as-tu quitté la rude bataille? Les fils odieux des Akhaiens nous pressent sans doute et combattent autour de la ville, et tu es venu tendre les mains vers Zeus, dans la citadelle? Attends un peu, et je t'apporterai un vin mielleux afin que tu en fasses des libations au père Zeus et aux autres immortels, et que tu sois ranimé, en ayant bu; car le vin augmente la force du guerrier fatigué; et ta fatigue a été grande, tandis que tu défendais tes concitoyens.

Et le grand Hektôr au casque mouvant lui répondit:

— Ne m'apporte pas un vin mielleux, mère vénérable, de peur que tu m'affaiblisses et que je perde force et courage. Je craindrais de faire des libations de vin pur à Zeus avec des mains souillées, car il n'est point permis, plein de sang et de poussière, d'implorer le Krôniôn qui amasse les nuées. Donc, porte des parfums et réunis les femmes âgées dans le temple d'Athènè dévastatrice; et dépose sur les genoux d'Athènè à la belle chevelure le péplos le plus riche et le plus grand qui soit dans ta demeure, et celui que tu aimes le plus; et promets de sacrifier dans son temple douze génisses d'un an, encore indomptées, si elle prend pitié de la ville et des femmes Troiennes et de leurs enfants, et si elle détourne de la sainte Ilios le fils de Tydeus, le féroce guerrier qui répand le plus de terreur. Va donc au temple d'Athènè dévastatrice, et moi, j'irai vers Pâris, afin de l'appeler, si pourtant il veut entendre ma voix. Plût aux dieux que la terre s'ouvrît sous lui! car l'Olympien l'a certainement nourri pour la ruine entière des Troiens, du magnanime Priamos et de ses fils. Si je le voyais descendre chez Aidès, mon âme serait délivrée de ses amères douleurs.

Il parla ainsi, et Hékabè se rendit à sa demeure et commanda aux servantes; et celles-ci, par la ville, réunirent les femmes âgées. Puis Hékabè entra dans sa chambre nuptiale parfumée où étaient des péplos diversement peints, ouvrage des femmes Sidoniennes que le divin Alexandros avait ramenées de Sidôn, dans sa navigation sur la haute mer par où il avait conduit Hélènè née d'un père divin. Et, pour l'offrir à Athènè, Hékabè en prit un, le plus beau, le plus varié et le plus grand; et il brillait comme une étoile et il était placé le dernier. Et elle se mit en marche, et les femmes âgées la suivaient.

Et quand elles furent arrivées dans le temple d'Athènè, Théanô aux belles joues, fille de Kissèis, femme du dompteur de chevaux Antènôr, leur ouvrit les portes, car les Troiens l'avaient faite prêtresse d'Athènè. Et toutes, avec un gémissement, tendirent les mains vers Athènè. Et Théanô aux belles joues, ayant reçu le péplos, le déposa sur les genoux d'Athènè à la belle chevelure, et, en le lui vouant, elle priait la fille du grand Zeus:

— Vénérable Athènè, gardienne de la ville, très divine déesse, brise la lance de Diomèdès, et fais-le tomber lui-même devant les portes Skaies, afin que nous te sacrifiions dans ton temple douze génisses d'un an, encore indomptées, si tu prends pitié de la ville, des femmes Troiennes et de leurs enfants.

Elle parla ainsi dans son voeu, et elles suppliaient ainsi la fille du grand Zeus; mais Pallas Athènè les refusa.