Mais l'admiration me saisit en te regardant. Tes paroles sont semblables aux siennes, et on ne te croirait pas si jeune, tant tu sais parler comme lui. Là-bas, jamais le divin Odysseus et moi, dans l'agora ou dans le conseil, nous n'avons parlé différemment; et nous donnions aux Akhaiens les meilleurs avis, ayant le même esprit et la même sagesse.
Enfin, après avoir renversé la haute citadelle de Priamos, nous partîmes sur nos nefs, et un dieu dispersa les Akhaiens. Déjà Zeus, sans doute, préparait, dans son esprit, un triste retour aux Akhaiens; car tous n'étaient point prudents et justes, et une destinée terrible était réservée à beaucoup d'entre eux, à cause de la colère d'Athènè aux yeux clairs qui a un père effrayant, et qui jeta la discorde entre les deux Atréides. Et ceux-ci avaient convoqué tous les Akhaiens à l'agora, sans raison et contre l'usage, au coucher de Hèlios, et les fils des Akhaiens y vinrent, alourdis par le vin, et les Atréides leur expliquèrent pourquoi ils avaient convoqué le peuple. Alors Ménélaos leur ordonna de songer au retour sur le vaste dos de la mer; mais cela ne plut point à Agamemnôn, qui voulait retenir le peuple et sacrifier de saintes hécatombes, afin d'apaiser la violente colère d'Athènè. Et l'insensé ne savait pas qu'il ne pourrait l'apaiser, car l'esprit des Dieux éternels ne change point aussi vite. Et tandis que les Atréides, debout, se disputaient avec d'âpres paroles, tous les Akhaiens aux belles knèmides se levèrent, dans une grande clameur, pleins de résolutions contraires.
Et nous dormîmes pendant la nuit, méditant un dessein fatal, car Zeus préparait notre plus grand malheur. Et, au matin, traînant nos nefs à la mer divine, nous y déposâmes notre butin et les femmes aux ceintures dénouées. Et la moitié de l'armée resta auprès du Roi Atréide Agamemnôn; et nous, partant sur nos nefs, nous naviguions. Un dieu apaisa la mer où vivent les monstres, et, parvenus promptement à Ténédos, nous fîmes des sacrifices aux dieux, désirant revoir nos demeures. Mais Zeus irrité, nous refusant un prompt retour, excita de nouveau une fatale dissension. Et quelques-uns, remontant sur leurs nefs à double rang d'avirons, et parmi eux était le roi Odysseus plein de prudence, retournèrent vers l'Atréide Agamemnôn, afin de lui complaire.
Pour moi, ayant réuni les nefs qui me suivaient, je pris la fuite, car je savais quels malheurs préparait le dieu. Et le brave fils de Tydeus, excitant ses compagnons, prit aussi la fuite; et le blond Ménélaos nous rejoignit plus tard à Lesbos, où nous délibérions sur la route à suivre. Irions-nous par le nord de l'âpre Khios, ou vers l'île Psyriè, en la laissant à notre gauche, ou par le sud de Khios, vers Mimas battue des vents? Ayant supplié Zeus de nous montrer un signe, il nous le montra et nous ordonna de traverser le milieu de la mer d'Euboia, afin d'éviter notre perte. Et un vent sonore commença de souffler; et nos nefs, ayant parcouru rapidement les chemins poissonneux, arrivèrent dans la nuit à Géraistos; et là, après avoir traversé la grande mer, nous brûlâmes pour Poseidaôn de nombreuses cuisses de taureaux.
Le quatrième jour, les nefs égales et les compagnons du dompteur de chevaux Tydéide Diomèdès s'arrêtèrent dans Argos, mais je continuai ma route vers Pylos, et le vent ne cessa pas depuis qu'un dieu lui avait permis de souffler. C'est ainsi que je suis arrivé, cher fils, ne sachant point quels sont ceux d'entre les Akhaiens qui se sont sauvés ou qui ont péri. Mais ce que j'ai appris, tranquille dans mes demeures, il est juste que tu en sois instruit, et je ne te le cacherai point. On dit que l'illustre fils du magnanime Akhilleus a ramené en sûreté les Myrmidones habiles à manier la lance. Philoktètès, l'illustre fils de Paian, a aussi ramené les siens, et Idoméneus a reconduit dans la Krètè ceux de ses compagnons qui ont échappé à la guerre, et la mer ne lui en a ravi aucun. Tu as entendu parler de l'Atréide, bien qu'habitant au loin; et tu sais comment il revint, et comment Aigisthos lui infligea une mort lamentable. Mais le meurtrier est mort misérablement, tant il est bon qu'un homme laisse un fils qui le venge. Et Orestès a tiré vengeance d'Aigisthos qui avait tué son illustre père. Et toi, ami, que je vois si beau et si grand, sois brave, afin qu'on parle bien de toi parmi les hommes futurs.
Et le prudent Tèlémakhos lui répondit:
— Ô Nestôr Nèlèiade, grande gloire des Akhaiens, certes, Orestès a tiré une juste vengeance, et tous les Akhaiens l'en glorifient, et les hommes futurs l'en glorifieront. Plût aux dieux que j'eusse la force de faire expier aux prétendants les maux qu'ils me font et l'opprobre dont ils me couvrent. Mais les dieux ne nous ont point destinés à être honorés, mon père et moi, et, maintenant, il me faut tout subir avec patience.
Et le cavalier Gérennien Nestôr lui répondit:
— Ô ami, ce que tu me dis m'a été rapporté, que de nombreux prétendants, à cause de ta mère, t'opprimaient dans ta demeure. Mais, dis-moi, souffres-tu ces maux sans résistance, ou bien les peuples, obéissant à l'oracle d'un dieu, t'ont-ils pris en haine! Qui sait si Odysseus ne châtiera pas un jour leur iniquité violente, seul, ou aidé de tous les Akhaiens? Qu'Athènè aux yeux clairs puisse t'aimer autant qu'elle aimait le glorieux Odysseus, chez le peuple des Troiens, où, nous, Akhaiens, nous avons subi tant de maux! Non, je n'ai jamais vu les Dieux aimer aussi manifestement un homme que Pallas Athènè aimait Odysseus. Si elle voulait t'aimer ainsi et te protéger, chacun des prétendants oublierait bientôt ses désirs de noces!
Et le prudent Tèlémakhos lui répondit: