Vers trois heures de l'après-midi, nous nous arrêtâmes à la Hacienda de los Hermanos pour reposer nos chevaux et prendre nous-même un dîner dont nous avions grand besoin.
Là, j'appris d'un péon--domestique--que les Français avaient été vus la veille sur la route de Paso del Aguila et un rayon d'espérance vint relever mon esprit abattu.
Mes gardes se hâtèrent de prendre un mauvais repas composé de tortillas et de frijoles dont ils m'offrirent une part assez libérale que j'acceptai avec plaisir.
Ils avaient appris, comme moi que les Français rôdaient dans les environs et ils tenaient probablement à atteindre Santa Rosa, le soir même, afin de se trouver à l'abri des attaques des éclaireurs impériaux qui battaient la campagne.
Ils ignoraient que je fusse au courant de la cause de ce départ précipité, mais comme je l'ai dit plus haut, j'en avais été informé aussitôt qu'eux.
J'espérais donc ardemment ce qu'ils paraissaient redouter:-- la rencontre de quelque détachement de troupes française qui aurait bien pu intervertir les rôles et les faire prisonniers tout en me rendant la liberté.
VI
Nous nous mîmes en route en grande hâte et je crus m'apercevoir, cette fois, que j'étais devenu l'objet d'une surveillance beaucoup plus sévère. On avait resserré mes liens avec une sollicitude qui ne me présageait rien de bon; et il était è craindre qu'en cas d'une attaque soudaine je fusse le premier à recevoir les balles amies des Français.
Nous galopions depuis une heure et nous n'avions encore rien aperçu qui put donner raison aux craintes de mon escorte.
Malgré tout, j'espérais toujours et mon attente ne fut pas de longue durée.