Je sentis que selon leur habitude, MM. les Juaristes allaient d'abord essayer de me faire causer, en m'offrant probablement un grade quelconque comme prix des informations que je pourrais leur donner, et que si je m'y refusais absolument, on pourrait bien me passer l'arme à gauche.

Cette manière d'agir avec leurs prisonniers était proverbiale chez les mexicains, et je m'y attendais avec un calme assez mal emprunté à mon dessein bien arrêté de paraître indifférent au danger de ma position.

IV

Je réfléchissait encore aux vicissitudes de la vie de soldat, quand une ordonnance vint m'annoncer que l'on m'attendait chez le général Trevino dont la brigade se trouvait de passage à Lampassas.

Je connaissais Trevino de réputation, comme l'un des rares gentilshommes qui aient accepté du service sous Juarez, et je remerciai mentalement mon étoile de cette sorte de bonne fortune dans mon malheur.

Après avoir coupé mes liens pour me permettre de marcher, on me conduisit dans une grande salle, au rez-de-chaussée du palais municipal, où l'on me fit attendre le bon plaisir de son excellence, le général commandant supérieur.

Si l'exactitude est la politesse des rois, il nous a toujours paru évident que les rois de Mexique devaient être d'une impolitesse criante, s'il nous est permis d'en juger par la conduite des fonctionnaires de la république actuelle.

On me fit attendre deux longues heures sans boire ni manger, ce qui me parut d'un mauvais augure pour la bonne humeur du général.

Quand la vie d'hun homme est en jeu, il devient superstitieux en diable, et les événements les moins importants sont à ses yeux des pronostics sérieux.

On me transmit enfin l'ordre d'entrer et je me trouvai, en quelques instants, en présence de celui qui allait décider, si, selon la coutume, je devais aller avant longtemps me balancer au bout d'un lasso, suspendu aux branches de l'arbre le plus voisin.