Et comme gage de la sincérité de ses paroles, l'Indien déposa à mes pieds, ses armes qu'il avait détachées de son ceinturon en cuir.

Je lui répondis que je devais de toute nécessité informer mes compagnons de voyage de sa demande, avant d'y acquiescer, et je lui enjoignis de me suivre au camp, ce qu'il fit avec une bonne volonté qui désarma tous les soupçons que j'aurais pu entretenir sur la franchise de ses intentions.

Mes amis furent assez surpris de me voir arriver accompagné d'un peau-rouge, au lieu de leur apporter le gibier que je leur avais promis. Je leur expliquai la démarche du messager de la tribu du lac Néquabon, et après avoir pris sa demande en considération, il fut décidé que je me rendrais, accompagné de Pierre Dugas et du guide indien, auprès du missionnaire, pour lui rendre les services dont il pourrait avoir besoin. Nos autres compagnons au nombre de dix continueraient le portage et attendraient notre retour à un endroit désigné sur les bords du lac Mistissimi.

Le lendemain, de grand matin, nous nous mimes en route sous la direction du sauvage, et deux jours après, nous étions au village des Peaux-Rouges qui nous reçurent amicalement, mais qui nous apprirent que nous arrivions trop tard et que le saint prêtre était mort le jour précédent. Il leur avait confié certains papiers qu'il les avait chargés de remettre au premier Canadien-français qui paraîtrait digne de confiance au chef de la tribu.

Aidé de ces pauvres sauvages, dont la douleur faisait mal à voir, nous rendîmes les derniers devoirs religieux aux restes du saint homme, en lisant sur sa fosse le service des morts qui se trouvait dans le livre de prières que ma mère avait placé au fond de mon sac de voyage.

Le chef me remit ensuite les papiers du missionnaire, lesquels se trouvaient enfermés dans une forte écorce de bouleau et étaient adressés au supérieur des Sulpiciens, à Montréal. Il me transmit de plus, de vive voix, l'ordre du défunt, de ne jamais les remettre à âme qui vive, si ce n'était au supérieur lui-même en personne, ou en cas de grand danger pour ma vie, à un homme en qui j'aurais la plus grande confiance.

J'acceptai l'obligation, sentant que je rendais un service probablement très important à celui qui était venu sacrifier sa vie à la conversion d'une tribu barbare du Nord-Ouest.

Qui sait ce que cachait de sacrifices et d'abnégation, l'histoire de cet homme de Dieu que la mort était venu enlever loin de ses parents, de ses amis et même de toute personne qui pût recevoir les dernières confidences de ses lèvres mourantes?

Nous quittâmes, le lendemain, le village indien pour rejoindre nos camarades, et six mois plus tard, je revenais à Contrecœur après avoir fait une chasse magnifique.

Mes gages que j'avais économisés avec soin, me permirent d'acheter un coin de terre où je bâtis une maisonnette. Ma femme était alors une jeune fillette de 18 ans, au teint frais comme la rose. Je succombai aux attraits d'une amitié d'enfance qui était devenue un sentiment plus tendre, et je la priai de partager mon sort.