—Que nous voulez-vous? leur dis-je en français, et en les apostrophant avec rudesse.
—Êtes-vous les nommés Marion et Girard, de Contrecœur? me répondit celui qui nous avait déjà parlé et que je reconnaissais par le timbre de sa voix.
—Admettant que nous soyons Marion et Girard, répondis-je, que prétendez-vous faire? nous arrêter?
—Oui! au nom de la reine, notre gracieuse souveraine, je vous arrête, comme traîtres et rebelles au gouvernement.
—Eh bien! M. l'Anglais! veuillez dire à votre souveraine qu'il ne nous plaît pas de nous rendre comme des poltrons, et je vous donne ma parole que si vous levez la main contre nous, vous le faites au péril de votre vie de mouchard. Entendez-vous!
Et en disant cela, d'un commun accord, nous avions, mes camarades et moi, armé nos fusils. L'obscurité nous empêchait de voir tous les mouvements des Anglais qui se trouvaient à quelques pas, mais il nous fut facile de deviner les sentiments qui les agitaient. Ils avaient compté sur une soumission complète, et ils se trouvaient en face de trois hommes bien armés et décidés à défendre leur liberté. Une consultation à voix basse eut lieu entre les trois étrangers et nous crûmes entendre la voix et l'accent canadien de celui à qui on avait confié la garde des chevaux. Le père Marion nous dit à voix basse, qu'il croyait reconnaître le fils Montépel, mais la distance et l'obscurité nous empêchaient de nous assurer de l'exactitude de cette supposition. La conversation des étrangers continuait toujours et l'impatience nous gagnait. Je m'avançai de quelques pas, tout en continuant de me tenir sur mes gardes, et m'adressant à nos adversaires:
—J'ignore, Messieurs, ce que vous prétendez faire, mais si vous avez l'intention de mettre vos ordres à exécution, veuillez vous dépêcher un peu. Nous vous attendons de pied ferme. Trois contre trois, que diable! la partie nous semble égale.
Celui qui nous avait déjà adressé la parole s'avança à son tour vers nous:
—Vous connaissez sans doute, nous dit-il, la sévérité du gouvernement contre les patriotes, et je vous conseille fortement de ne pas aggraver vos torts en luttant contre la loi. Rendez-vous paisiblement et je vous promets d'intercéder auprès des autorités, dans votre affaire.
—Ah ça! M. l'Anglais! répondis-je en me fâchant graduellement, pour qui nous prenez-vous? Vous a-t-on accoutumé à ces manières de lâcheté et de couardise? Si vous voulez le combat, en avant, nous sommes prêts, sinon la route du village au plus vite, ou nous commencerons nous-mêmes la lutte. Tenez-vous-le pour dit!