—Adolphe est tenu fort sévèrement; son père et sa mère lui donnent peu d'argent pour son entretien; ma mère n'a pas la disposition de sa fortune; de mon côté, moi, je ne possède rien; cependant, entre nous trois, nous avons trouvé 4,000 francs...

—Les voici, dit-elle en tirant de son corset des billets de banque et me les présentant.

—Eh bien! madame?... lui demandai-je.

—Eh bien! monsieur, reprit-elle en paraissant étonnée de ma question, je viens vous supplier de sauver l'honneur de deux familles, la vie de trois personnes et celle de ma mère, aux dépens de mon malheureux enfant...

—N'achevez pas, lui dis-je avec sang froid.

J'allai prendre le Code.

—Voyez, madame, repris-je en montrant une page qu'elle n'avait sans doute pas lue, vous m'enverriez à l'échafaud. Vous me proposez un crime que la loi punit de mort, et vous seriez vous-même condamnée à une peine plus terrible peut-être que ne l'est la mienne... Mais, la justice ne serait pas si sévère, que je ne pratiquerais pas une opération de ce genre; elle est presque toujours un double assassinat; car il est rare que la mère ne périsse pas aussi. Vous pouvez prendre un meilleur parti... Pourquoi ne fuyez-vous pas?... Allez en pays étranger.

—Je serais déshonorée...

Elle me fit encore quelques instances, mais doucement et avec un sourd accent de désespoir. Je la renvoyai...

Le surlendemain, vers huit heures du matin, elle revint. En la voyant entrer dans mon cabinet, je lui fis un signe de dénégation très-péremptoire; mais elle se jeta si vivement à mes genoux que je ne pus l'en empêcher.