Les Narraghansetts, tribu voisine de son habitation, avaient pris pour sachem ou pour chef Massasoit, vieillard maladif, dont le caractère était pacifique, et dont Jock Muirland se concilia aisément la bienveillance en lui donnant de l'eau-de-vie de grain qu'il savait distiller. Massasoit tomba malade; son ami Muirland vint le visiter dans sa hutte.

Imaginez un wigwam indien, cabane pointue, avec un trou pour laisser échapper la fumée; au milieu de ce pauvre palais, un foyer embrasé; sur des peaux de buffle, étendues par terre, le vieux chef malade; autour de lui les principaux sagamores du canton, hurlant, criant, pleurant et faisant un tapage qui, loin de guérir le malade, eût rendu malade un homme en bonne santé. Un powam ou médecin indien conduisait le choeur et la danse lugubres; les échos voisins retentissaient du bruit que faisait cette étrange cérémonie: c'étaient là les prières publiques offertes aux divinités du pays.

Six jeunes filles étaient occupées à masser les membres nus et froids du vieillard: l'une d'elles, fort jolie, âgée à peine de seize ans, pleurait en s'acquittant de cet office. Le bon sens de l'Écossais lui fit bientôt reconnaître que tout cet appareil médical n'aboutirait qu'au meurtre de Massasoit; en sa qualité d'Européen et de blanc il passait pour médecin inné. Il profita de l'autorité que ce titre lui donnait, fit sortir tous les hurleurs et s'approcha du sachem.

«Qui vient près de moi? demanda le vieillard.

—Jock, l'homme blanc!

—Oh! reprit le sachem en lui tendant sa main desséchée, nous ne nous verrons plus, Jock!»

Jock, bien qu'il eût peu de connaissances en médecine, s'aperçut sans peine que notre sachem avait tout simplement une indigestion; il le secourut, ordonna que l'on se tût autour de lui, le mit à la diète, puis lui fit un excellent potage écossais que le vieillard avala en guise de médecine. Bref, en trois jours Massasoit était revenu à la vie; les hurlemens de nos Indiens et leurs danses recommencèrent, mais ces hymnes sauvages n'exprimaient plus que la gratitude et la joie. Massasoit fit asseoir Jock sur sa hutte, lui donna son calumet à fumer, et lui présenta sa fille, Anauket, la plus jeune et la plus jolie de celles que Muirland avait vues dans la cabane.

«Tu n'as pas de squaw[11], lui dit le vieux guerrier; prends ma fille et honore ma tête blanchie.»

Note 11:[ (retour) ] Femme

Jock tressaillit; il se rappela le souvenir de Tuilzie et de Spellie, le mariage lui avait si mal réussi.