—Tiens, Nanon, dit-elle, va vite.

—Mais, que dira ton père? Cette objection terrible fut proposée par madame Grandet en voyant sa fille armée d'un sucrier de vieux Sèvres rapporté du château de Froidfond par Grandet.

—Et où prendras-tu donc du sucre? es-tu folle?

—Maman, Nanon achètera aussi bien du sucre que de la bougie.

—Mais ton père?

—Serait-il convenable que son neveu ne put boire un verre d'eau sucrée
? D'ailleurs, il n'y fera pas attention.

—Ton père voit tout, dit madame Grandet en hochant la tête.

Nanon hésitait, elle connaissait son maître.

—Mais va donc, Nanon, puisque c'est ma fête!

Nanon laissa échapper un gros rire en entendant la première plaisanterie que sa jeune maîtresse eût jamais faite, et lui obéit. Pendant qu'Eugénie et sa mère s'efforçaient d'embellir la chambre destinée par monsieur Grandet à son neveu, Charles se trouvait l'objet des attentions de madame des Grassins, qui lui faisait des agaceries.