—Oui, mon oncle, mais pourquoi …

—Eh! bien, mon garçon, reprit l'oncle, j'ai de mauvaises nouvelles à t'apprendre. Ton père est bien mal …

—Pourquoi suis-je ici? dit Charles. Nanon! cria-t-il, des chevaux de poste. Je trouverai bien une voiture dans le pays, ajouta-t-il en se tournant vers son oncle qui demeurait immobile.

—Les chevaux et la voiture sont inutiles, répondit Grandet. Charles resta muet, pâlit et les yeux devinrent fixes.

—Oui, mon pauvre garçon, tu devines. Il est mort. Mais ce n'est rien.
Il y a quelque chose de plus grave. Il s'est brûlé la cervelle …

—Mon père?…

—Oui. Mais ce n'est rien. Les journaux glosent de cela comme s'ils en avaient le droit. Tiens, lis.

Grandet, qui avait emprunté le journal de Cruchot, mit le fatal article sous les yeux de Charles. En ce moment le pauvre jeune homme, encore enfant, encore dans l'âge où les sentiments se produisent avec naïveté, fondit en larmes.

—Allons, bien, se dit Grandet. Ses yeux m'effrayaient … Il pleure, le voilà sauvé. Ce n'est encore rien, mon pauvre neveu, reprit Grandet à haute voix sans savoir si Charles l'écoutait, ce n'est rien, tu te consoleras; mais …

—Jamais! jamais! mon père! mon père!