—Mon oncle...

—Il ne s'agit pas de l'oncle, mais du neveu. J'ai droit à ta confiance: ainsi confesse-toi promptement, c'est plus facile, je sais cela par expérience. As-tu joué, as-tu perdu à la Bourse? Allons, dis-moi: «Mon oncle, je suis un misérable!» et je t'embrasse. Mais si tu me fais un mensonge plus gros que ceux que j'ai faits à ton âge, je vends mon bien, je le mets en viager, et reprendrai mes mauvaises habitudes de jeunesse, si c'est encore possible.

—Mon oncle...

—J'ai vu hier ta madame Firmiani, dit l'oncle en baisant le bout de ses doigts qu'il ramassa en faisceau. Elle est charmante, ajouta-t-il. Tu as l'approbation et le privilége du roi, et l'agrément de ton oncle, si cela peut te faire plaisir. Quant à la sanction de l'Église, elle est inutile, je crois, les sacrements sont sans doute trop chers! Allons, parle, est-ce pour elle que tu t'es ruiné?

—Oui, mon oncle.

—Ah! la coquine, je l'aurais parié. De mon temps, les femmes de la cour étaient plus habiles à ruiner un homme que ne peuvent l'être vos courtisanes d'aujourd'hui. J'ai reconnu, en elle, le siècle passé rajeuni.

—Mon oncle, reprit Octave d'un air tout à la fois triste et doux, vous vous méprenez: madame Firmiani mérite votre estime et toutes les adorations de ses admirateurs.

—La pauvre jeunesse sera donc toujours la même, dit monsieur de Bourbonne. Allons; va ton train, rabâche-moi de vieilles histoires. Cependant tu dois savoir que je ne suis pas d'hier dans la galanterie.

—Mon bon oncle, voici une lettre qui vous dira tout, répondit Octave en tirant un élégant portefeuille, donné sans doute par elle; quand vous l'aurez lue, j'achèverai de vous instruire, et vous connaîtrez une madame Firmiani inconnue au monde.

—Je n'ai pas mes lunettes, dit l'oncle, lis-la moi.