—Oui, c'est lui, dit-elle enfin; oui, c'est toi. Sais-tu que voici trois grands jours que je ne t'ai vu, un siècle! Mais qu'as-tu? tu as du chagrin.
—Ma pauvre Caroline...
—Oh! voilà, ma pauvre Caroline...
—Non, ne ris pas, mon ange; nous ne pouvons pas aller ce soir à Feydeau.
Caroline fit une petite mine boudeuse, mais qui se dissipa tout à coup.
—Je suis une sotte! Comment puis-je penser au spectacle quand je te vois? Te voir, n'est-ce pas le seul spectacle que j'aime? s'écria-t-elle en passant ses doigts dans les cheveux de Roger.
—Je suis obligé d'aller chez le procureur-général, car nous avons en ce moment une affaire épineuse. Il m'a rencontré dans la grande salle; et comme c'est moi qui porte la parole, il m'a engagé à venir dîner avec lui; mais, ma chérie, tu peux aller à Feydeau avec ta mère, je vous y rejoindrai si la conférence finit de bonne heure.
—Aller au spectacle sans toi, s'écria-t-elle avec une expression d'étonnement, ressentir un plaisir que tu ne partagerais pas!... Oh! mon Roger, vous mériteriez de ne pas être embrassé, ajouta-t-elle en lui sautant au cou par un mouvement aussi naïf que voluptueux.
—Caroline, il faut que je rentre m'habiller. Le Marais est loin, et j'ai encore quelques affaires à terminer.
—Monsieur, reprit Caroline en l'interrompant, prenez garde à ce que vous dites là! Ma mère m'a averti que, quand les hommes commencent à nous parler de leurs affaires, ils ne nous aiment plus.