—Préparez-vous, ma fille, à plus de mal encore que nous n'en supposions jadis avec vos pieuses amies.
—Je dois alors remercier Dieu, répondit la comtesse, de ce qu'il daigne se servir de vous pour me transmettre ses volontés, plaçant ainsi, comme toujours, les trésors de sa miséricorde auprès des fléaux de sa colère, comme jadis en bannissant Agar il lui découvrait une source dans le désert.
—Il a mesuré vos peines à la force de votre résignation et au poids de vos fautes.
—Parlez, je suis prête à tout entendre. A ces mots, la comtesse leva les yeux au ciel, et ajouta: Parlez, monsieur Fontanon.
—Depuis sept ans, monsieur Granville commet le péché d'adultère avec une concubine de laquelle il a deux enfants, et il a dissipé pour ce ménage adultérin plus de cinq cent mille francs qui devraient appartenir à sa famille légitime.
—Il faudrait que je le visse de mes propres yeux, dit la comtesse.
—Gardez-vous-en bien, s'écria l'abbé. Vous devez pardonner, ma fille, et attendre, dans la prière, que Dieu éclaire votre époux, à moins d'employer contre lui les moyens que vous offrent les lois humaines.
La longue conversation que l'abbé Fontanon eut alors avec sa pénitente produisit un changement violent dans la comtesse; elle le congédia, montra sa figure presque colorée à ses gens qui furent effrayés de son activité de folle: elle commanda d'atteler ses chevaux, ordre qu'elle donnait rarement; elle les décommanda, changea d'avis vingt fois dans la même heure; mais enfin, comme si elle prenait une grande résolution, elle partit sur les trois heures, laissant sa maison étonnée d'une si subite révolution.
—Monsieur doit-il revenir dîner, avait-elle demandé au valet de chambre à qui elle ne parlait jamais.