—Les femmes pleurent pour si peu de chose, dit le colonel.
—Je ne sais, reprit Martial, mais elle ne pleure pas d'être là sans danser, son chagrin ne date pas d'aujourd'hui; l'on voit qu'elle s'est faite belle pour ce soir par préméditation. Elle aime déjà, je le parierais.
—Bah? peut-être est-ce la fille de quelque princillon d'Allemagne, personne ne lui parle, dit Montcornet.
—Ah! combien une pauvre fille est malheureuse, reprit Martial. A-t-on plus de grâce et de finesse que notre petite inconnue? Eh! bien, pas une des mégères qui l'entourent et qui se disent sensibles ne lui adressera la parole. Si elle parlait, nous verrions si ses dents sont belles.
—Ah çà! tu t'emportes donc comme le lait à la moindre élévation de température? s'écria le colonel un peu piqué de rencontrer si promptement un rival dans son ami.
—Comment! dit le maître des requêtes sans s'apercevoir de l'interrogation du général et en dirigeant son lorgnon sur tous les personnages qui les entouraient, comment! personne ici ne pourra nous nommer cette fleur exotique?
—Eh! c'est quelque demoiselle de compagnie, lui dit Montcornet.
—Bon! une demoiselle de compagnie parée de saphirs dignes d'une reine et une robe de Malines? A d'autres, général! Vous ne serez pas non plus très-fort en diplomatie si dans vos évaluations vous passez en un moment de la princesse allemande à la demoiselle de compagnie.
Le général Montcornet arrêta par le bras un petit homme gras dont les cheveux grisonnants et les yeux spirituels se voyaient à toutes les encoignures de portes, et qui se mêlait sans cérémonie aux différents groupes où il était respectueusement accueilli.
—Gondreville, mon cher ami, lui dit Montcornet, quelle est donc cette charmante petite femme assise là-bas sous cet immense candélabre?