Un moment de silence.

—Il y a deux ans, Adam n'y serait pas allé sans moi! reprit-elle sans regarder Paz.

—Il vous aime à la folie... répondit Thaddée.

—Eh! c'est parce qu'il m'aime à la folie qu'il ne m'aimera peut-être plus demain, s'écria la comtesse.

—Les Parisiennes sont inexplicables, dit Thaddée. Quand elles sont aimées à la folie, elles veulent être aimées raisonnablement; et quand on les aime raisonnablement, elles vous reprochent de ne pas savoir aimer.

—Et elles ont toujours raison, Thaddée, reprit-elle en souriant. Je connais bien Adam, je ne lui en veux point: il est léger et surtout grand seigneur, il sera toujours content de m'avoir pour sa femme et ne me contrariera jamais dans aucun de mes goûts; mais...

—Quel est le mariage où il n'y a pas de mais? dit tout doucement Thaddée en tâchant de donner un autre cours aux pensées de la comtesse.

L'homme le moins avantageux aurait eu peut-être la pensée qui faillit rendre cet amoureux fou et que voici:—Si je ne lui dis pas que je l'aime, je suis un imbécile! se dit le capitaine.

Il régnait entre eux un de ces terribles silences qui crèvent de pensées. La comtesse examinait Paz en dessous, de même que Paz la contemplait dans la glace. En s'enfonçant dans sa bergère en homme repu qui digère, un vrai geste de mari ou de vieillard indifférent, Paz croisa ses mains sur son ventre, fit passer rapidement et machinalement ses pouces l'un sur l'autre, et regarda le feu bêtement.

—Mais dites-moi donc du bien d'Adam!... s'écria Clémentine. Dites-moi que ce n'est pas un homme léger, vous qui le connaissez!