—A Saint-Cloud, au mois de septembre dernier, le jour de la fête. Elle était dans le coin de l'échafaud couvert de toiles où se font les parades. Ses camarades, tous en costumes polonais, donnaient un effroyable charivari. Je l'ai aperçue muette, silencieuse, et j'ai cru deviner des pensées de mélancolie chez elle. N'y avait-il pas de quoi pour une fille de vingt ans? Voilà ce qui m'a touché.
La comtesse était dans une pose délicieuse, pensive, quasi triste.
—Pauvre, pauvre Thaddée! s'écria-t-elle. Et avec la bonhomie de la véritable grande dame, elle ajouta non sans un sourire fin:—Allez, allez au Cirque!
Thaddée lui prit la main, la lui baisa en y laissant une larme chaude, et sortit. Après avoir inventé sa passion pour une écuyère, il devait lui donner quelque réalité. Dans son récit, il n'y avait de vrai que le moment d'attention obtenu par l'illustre Malaga, l'écuyère de la famille Bouthor, à Saint-Cloud, et dont le nom venait de frapper ses yeux le matin dans l'affiche du Cirque. Le paillasse, gagné par une seule pièce de cent sous, avait dit à Paz que l'écuyère était un enfant trouvé, volé peut-être. Thaddée alla donc au Cirque et revit la belle écuyère. Moyennant dix francs, un palefrenier, qui là remplace les habilleuses du théâtre, lui apprit que Malaga se nommait Marguerite Turquet, et demeurait rue des Fossés-du-Temple, à un cinquième étage.
Le lendemain, la mort dans l'âme, Paz se rendit au faubourg du Temple et demanda mademoiselle Turquet, pendant l'été la doublure de la plus illustre écuyère du Cirque, et comparse au théâtre pendant l'hiver.
—Malaga! cria la portière en se précipitant dans la mansarde, un beau monsieur pour vous! il prend des renseignements auprès de Chapuzot qui le fait droguer pour me donner le temps de t'avertir.
—Merci, mame Chapuzot; mais que pensera-t-il en me voyant repasser ma robe?
—Ah bah! quand on aime, on aime tout de son objet.
—Est-ce un Anglais? ils aiment les chevaux!
—Non, il me fait l'effet d'être un Espagnol.