—Je me tais, maman. Au surplus, mon père dit que la grotte fera une salle où l'on aura frais et où l'on ira prendre le café.

—Votre père a eu là d'excellentes idées, répondit madame de Watteville qui voulut aller voir les colonnes.

Elle donna son approbation au projet du baron de Watteville en indiquant pour l'érection du monument une place au fond du jardin d'où l'on n'était pas vu de chez monsieur de Soulas, mais d'où l'on voyait admirablement chez monsieur Albert Savaron. Un entrepreneur fut mandé qui se chargea de faire une grotte au sommet de laquelle on parviendrait par un petit chemin de trois pieds de large, dans les rocailles duquel viendraient des pervenches, des iris; des viornes, des lierres, des chèvrefeuilles, de la vigne vierge. La baronne inventa de faire tapisser l'intérieur de la grotte en bois rustique alors à la mode pour les jardinières, de mettre au fond une glace, un divan à couvercle et une table en marqueterie de bois grume. Monsieur de Soulas proposa de faire le sol en asphalte. Philomène imagina de suspendre à la voûte un lustre en bois rustiqué.

—Les Watteville font faire quelque chose de charmant dans leur jardin, disait-on dans Besançon.

—Ils sont riches, ils peuvent bien mettre mille écus pour une fantaisie.

—Mille écus?... dit madame de Chavoncourt.

—Oui, mille écus, s'écria le jeune monsieur de Soulas. On fait venir un homme de Paris pour rustiquer l'intérieur, mais ce sera bien joli. Monsieur de Watteville fait lui-même le lustre, il se met à sculpter le bois...

—On dit que Berquet va creuser une cave, dit un abbé.

—Non, reprit le jeune monsieur de Soulas, il fonde le kiosque sur un massif en béton pour qu'il n'y ait pas d'humidité.

—Vous savez les moindres choses qui se font dans la maison, dit aigrement madame de Chavoncourt en regardant une de ses grandes filles bonnes à marier depuis un an.