—Oh! Français, Français! fit-elle en commentant son exclamation par une petite moue d'incrédulité.
—Ne faudra-t-il pas vous attendre, vous recevoir des mains du Temps? reprit-il avec gravité. Mais, sachez-le: si vous êtes sincère dans la parole qui vient de vous échapper, je vous attendrai fidèlement sans laisser aucun autre sentiment croître dans mon cœur.
Elle le regarda sournoisement.
—Rien, dit-il, pas même une fantaisie. J'ai ma fortune à faire, il vous en faut une splendide, la nature vous a créée princesse....
A ce mot, Francesca ne put retenir un faible sourire qui donna l'expression la plus ravissante à son visage, quelque chose de fin comme ce que le grand Léonard a si bien peint dans la Joconde. Ce sourire fit faire une pause à Rodolphe.
—.... Oui, reprit-il, vous devez souffrir du dénûment auquel vous réduit l'exil. Ah! si vous voulez me rendre heureux entre tous les hommes, et sanctifier mon amour, vous me traiterez en ami. Ne dois-je pas être votre ami aussi? Ma pauvre mère m'a laissé soixante mille francs d'économie, prenez-en la moitié?
Francesca le regarda fixement. Ce regard perçant alla jusqu'au fond de l'âme de Rodolphe.
—Nous n'avons besoin de rien, mes travaux suffisent à notre luxe, répondit-elle d'une voix grave.
—Puis-je souffrir qu'une Francesca travaille? s'écria-t-il. Un jour vous reviendrez dans votre pays, et vous y retrouverez ce que vous y avez laissé... De nouveau la jeune Italienne regarda Rodolphe... Et vous me rendrez ce que vous aurez daigné m'emprunter, ajouta-t-il avec un regard plein de délicatesse.
—Laissons ce sujet de conversation, dit-elle avec une incomparable noblesse de geste, de regard et d'attitude. Faites une brillante fortune, soyez un des hommes remarquables de votre pays, je le veux. L'illustration est un pont-volant qui peut servir à franchir un abîme. Soyez ambitieux, il le faut. Je vous crois de hautes et de puissantes facultés; mais servez-vous-en plus pour le bonheur de l'humanité que pour me mériter: vous en serez plus grand à mes yeux.