Che avete, signor? lui demanda naïvement Francesca. Notre bonheur vous attristerait-il?

—Votre mari est un jeune homme, lui dit-il à l'oreille.

Elle partit d'un éclat de rire si franc, si communicatif, que Rodolphe en fut encore plus interdit.

—Il n'a que soixante-cinq ans à vous offrir, dit-elle; mais je vous assure que c'est encore quelque chose.... de rassurant.

—Je n'aime pas à vous voir plaisanter avec un amour aussi saint que celui dont les conditions ont été posées par vous.

Zitto! fit-elle en frappant du pied et en regardant si son mari les écoutait. Ne troublez jamais la tranquillité de ce cher homme, candide comme un enfant, et de qui je fais ce que je veux. Il est, ajouta-t-elle, sous ma protection. Si vous saviez avec quelle noblesse il a risqué sa vie et sa fortune parce que j'étais libérale! car il ne partage pas mes opinions politiques. Est-ce aimer cela, monsieur le Français?—Mais ils sont ainsi dans leur famille. Le frère cadet d'Émilio fut trahi par celle qu'il aimait pour un charmant jeune homme. Il s'est passé son épée au travers du cœur, et dix minutes auparavant il a dit à son valet de chambre:—Je tuerais bien mon rival; mais cela ferait trop de chagrin à la diva.

Ce mélange de noblesse et de raillerie, de grandeur et d'enfantillage, faisait en ce moment de Francesca la créature la plus attrayante du monde. Le dîner fut, ainsi que la soirée, empreint d'une gaieté que la délivrance des deux réfugiés justifiait, mais qui contrista Rodolphe.

—Serait-elle légère? se disait-il en regagnant la maison Stopfer. Elle a pris part à mon deuil, et moi je n'épouse pas sa joie!

Il se gronda, justifia cette femme-jeune-fille.

—Elle est sans aucune hypocrisie et s'abandonne à ses impressions..., se dit-il. Et je la voudrais comme une Parisienne.