Après avoir reconduit le vieux prêtre, Albert se coucha dans les langes du pouvoir.

A neuf heures du soir, le lendemain, comme chacun peut se l'imaginer, les salons de madame la baronne de Watteville étaient remplis par l'aristocratie bisontine convoquée extraordinairement. On y discutait l'exception d'aller aux Élections pour faire plaisir à la fille des de Rupt. On savait que l'ancien maître des requêtes, le secrétaire d'un des plus fidèles ministres de la branche aînée, allait être introduit. Madame de Chavoncourt était venue avec sa seconde fille Sidonie mise divinement bien, tandis que l'aînée, sûre de son prétendu, n'avait recours à aucun artifice de toilette. Ces petites choses s'observent en province. L'abbé de Grancey montrait sa belle tête fine, de groupe en groupe, écoutant, n'ayant l'air de se mêler de rien, mais disant de ces mots incisifs qui résument les questions et les commandent.

—Si la branche aînée revenait, disait-il à un ancien homme d'État septuagénaire, quels politiques trouverait-elle?—Seul sur son banc, Berryer ne sait que devenir; s'il avait soixante voix, il entraverait le gouvernement dans bien des occasions et renverserait des ministères!—On va nommer le duc de Fitz-James à Toulouse.—Vous ferez gagner à monsieur de Watteville son procès!—Si vous votez pour monsieur de Savarus, les républicains voteront avec vous plutôt que de voter avec les juste-milieu! Etc., etc.

A neuf heures, Albert n'était pas encore venu. Madame de Watteville voulut voir une impertinence dans un pareil retard.

—Chère baronne, dit madame de Chavoncourt, ne faisons pas dépendre d'une vétille de si sérieuses affaires. Quelque botte vernie qui tarde à sécher... une consultation retiennent peut-être monsieur de Savarus.

Philomène regarda madame de Chavoncourt de travers.

—Elle est bien bonne pour monsieur de Savarus, dit Philomène tout bas à sa mère.

—Mais, reprit la baronne en souriant, il s'agit d'un mariage entre Sidonie et monsieur de Savarus.

Philomène alla brusquement vers une croisée qui donnait sur le jardin. A dix heures monsieur de Savarus n'avait pas encore paru. L'orage qui grondait éclata. Quelques nobles se mirent à jouer, trouvant la chose intolérable. L'abbé de Grancey, qui ne savait que penser, alla vers la fenêtre où Philomène s'était cachée et dit tout haut, tant il était stupéfait:—Il doit être mort! Le vicaire-général sortit dans le jardin suivi de monsieur de Watteville, de Philomène, et tous trois ils montèrent sur le kiosque. Tout était fermé chez Albert, aucune lumière ne s'apercevait.

—Jérôme! cria Philomène en voyant le domestique dans la cour. L'abbé de Grancey regarda Philomène.—Où donc est votre maître? dit Philomène au domestique venu au pied du mur.