—Quand les pères ne savent pas ce qu'ont leurs filles, les mères le devinent, dit la baronne, il faut la marier.
—Je le veux bien, dit le baron, et pour mon compte je lui donne les Rouxey, maintenant que le tribunal nous a mis d'accord avec la commune des Riceys en fixant mes limites à trois cents mètres à partir de la base de la Dent de Vilard. On y creuse un fossé pour recevoir toutes les eaux et les diriger dans le lac. La Commune n'a pas appelé, le jugement est définitif.
—Vous n'avez pas encore deviné, dit la baronne, que ce jugement me coûte trente mille francs donnés à Chantonnit. Ce paysan ne voulait pas autre chose, il a l'air d'avoir gain de cause pour sa commune, et il nous a vendu la paix. Si vous donnez les Rouxey, vous n'aurez plus rien, dit la baronne.
—Je n'ai pas besoin de grand'chose, dit le baron, je m'en vais...
—Vous mangez comme un ogre.
—Précisément: j'ai beau manger, je me sens les jambes de plus en plus faibles....
—C'est de tourner, dit la baronne.
—Je ne sais pas, dit le baron.
—Nous marierons Philomène à monsieur de Soulas; si vous lui donnez les Rouxey, réservez-vous-en la jouissance; moi je leur donnerai vingt-quatre mille francs de rente sur le grand-livre. Nos enfants demeureront ici, je ne les vois pas bien malheureux...