—Que te disais-je? cria Félix dans l'oreille de Florine stupéfaite, et en lui donnant le bras.

—Allons, dit-elle, qui que tu sois, Viens. As-tu ta voiture.

Pour toute réponse, Vandenesse emmena précipitamment Florine et courut rejoindre sa femme à un endroit convenu sous le péristyle. En quelques instants les trois masques, menés vivement par le cocher de Vandenesse, arrivèrent chez l'actrice qui se démasqua. Madame de Vandenesse ne put retenir un tressaillement de surprise à l'aspect de Florine étouffant de rage, superbe de colère et de jalousie.

—Il y a, lui dit Vandenesse, un certain portefeuille dont la clef ne t'a jamais été confiée, les lettres doivent y être.

—Pour le coup, je suis intriguée, tu sais quelque chose qui m'inquiétait depuis plusieurs jours, dit Florine en se précipitant dans le cabinet pour y prendre le portefeuille.

Vandenesse vit sa femme pâlissant sous son masque. La chambre de Florine en disait plus sur l'intimité de l'actrice et de Nathan qu'une maîtresse idéale n'en aurait voulu savoir. L'œil d'une femme sait pénétrer la vérité de ces sortes de choses en un moment, et la comtesse aperçut dans la promiscuité des affaires de ménage une attestation de ce que lui avait dit Vandenesse. Florine revint avec le portefeuille.

—Comment l'ouvrir? dit-elle.

L'actrice envoya chercher le grand couteau de sa cuisinière; et quand la femme de chambre le rapporta, Florine le brandit en disant d'un air railleur:—C'est avec ça qu'on égorge les poulets!

Ce mot, qui fit tressaillir la comtesse, lui expliqua, encore mieux que ne l'avait fait son mari la veille, la profondeur de l'abîme où elle avait failli glisser.

—Suis-je sotte! dit Florine, son rasoir vaut mieux.