—L'impertinente! s'écria du Tillet en ramassant les fleurs tombées de la coiffure de la comtesse. Vous devriez, dit-il à sa femme, étudier madame de Vandenesse. Je voudrais vous voir dans le monde impertinente comme votre sœur vient de l'être ici. Vous avez un air bourgeois et niais qui me désole.
Eugénie leva les yeux au ciel, pour toute réponse.
—Ah çà! madame, qu'avez-vous donc fait toutes deux ici? dit le banquier après une pause en lui montrant les fleurs. Que se passe-t-il pour que votre sœur vienne demain dans votre loge?
La pauvre ilote se rejeta sur une envie de dormir et sortit pour se faire déshabiller en craignant un interrogatoire. Du Tillet prit alors sa femme par le bras, la ramena devant lui sous le feu des bougies qui flambaient dans des bras de vermeil, entre deux délicieux bouquets de fleurs nouées, et il plongea son regard clair dans les yeux de sa femme.
—Votre sœur est venue pour emprunter quarante mille francs que doit un homme à qui elle s'intéresse, et qui dans trois jours sera coffré comme une chose précieuse, rue de Clichy, dit-il froidement.
La pauvre femme fut saisie par un tremblement nerveux qu'elle réprima.
—Vous m'avez effrayée, dit-elle. Mais ma sœur est trop bien élevée, elle aime trop son mari pour s'intéresser à ce point à un homme.
—Au contraire, répondit-il sèchement. Les filles élevées comme vous l'avez été, dans la contrainte et les pratiques religieuses, ont soif de la liberté, désirent le bonheur, et le bonheur dont elles jouissent n'est jamais aussi grand ni aussi beau que celui qu'elles ont rêvé. De pareilles filles font de mauvaises femmes.
—Parlez pour moi, dit la pauvre Eugénie avec un ton de raillerie amère, mais respectez ma sœur. La comtesse de Vandenesse est trop heureuse, son mari la laisse trop libre pour qu'elle ne lui soit pas attachée. D'ailleurs, si votre supposition était vraie, elle ne me l'aurait pas dit.
—Cela est, dit du Tillet. Je vous défends de faire quoi que ce soit dans cette affaire. Il est dans mes intérêts que cet homme aille en prison. Tenez-vous-le pour dit.