—Hier il me semble que vous aviez des inquiétudes dans les jambes, dit le curé d'un air grave.

—Ça saute, répondit le chevalier.

—Des jambes aux fausses côtes? demanda mademoiselle Zéphirine.

—Ça ne s'est pas arrêté en chemin? dit mademoiselle de Pen-Hoël en souriant.

Le chevalier s'inclina gravement en faisant un geste négatif passablement drôle qui eût prouvé à un observateur que, dans sa jeunesse, le marin avait été spirituel, aimant, aimé. Peut-être sa vie fossile à Guérande cachait-elle bien des souvenirs. Quand il était stupidement planté sur ses deux jambes de héron au soleil, au mail, regardant la mer ou les ébats de sa chienne, peut-être revivait-il dans le paradis terrestre d'un passé fertile en souvenirs.

—Voilà le vieux duc de Lenoncourt mort, dit le baron en se rappelant le passage où sa femme en était restée de la Quotidienne. Allons, le premier gentilhomme de la chambre du roi n'a pas tardé de rejoindre son maître. J'irai bientôt aussi.

—Mon ami, mon ami! lui dit sa femme en frappant doucement sur la main osseuse et calleuse de son mari.

—Laissez-le dire, ma sœur, dit Zéphirine, tant que je serai dessus il ne sera pas dessous: il est mon cadet.

Un gai sourire erra sur les lèvres de la vieille fille. Quand le baron avait laissé échapper une réflexion de ce genre, les joueurs et les gens en visite se regardaient avec émotion, inquiets de la tristesse du roi de Guérande. Les personnages venus pour le voir se disaient en s'en allant:—Monsieur du Guénic était triste. Avez-vous vu comme il dort? Et le lendemain tout Guérande causait de cet événement.—Le baron du Guénic baisse! Cette phrase ouvrait les conversations dans tous les ménages.

—Thisbé va bien? demanda mademoiselle de Pen-Hoël au chevalier dès que les cartes furent données.