Le groupe entier se mit en marche vers l'auberge, et la vicomtesse se crut obligée de faire à Camille une satire sur les sauvages de Saint-Nazaire.
—J'aime la Bretagne, madame, répondit gravement Félicité, je suis née à Guérande.
Calyste ne pouvait s'empêcher d'admirer mademoiselle des Touches, qui, par le son de sa voix, la tranquillité de ses regards et le calme de ses manières, le mettait à l'aise, malgré les terribles déclarations de la scène qui avait eu lieu pendant la nuit. Elle paraissait néanmoins un peu fatiguée: ses traits annonçaient une insomnie, ils étaient comme grossis, mais le front dominait l'orage intérieur par une placidité cruelle.
—Quelles reines! dit-il à Charlotte en lui montrant la marquise et Camille et donnant le bras à la jeune fille au grand contentement de mademoiselle de Pen-Hoël.
—Quelle idée a eue ta mère, dit la vieille fille en donnant aussi son bras sec à sa nièce, de se mettre dans la compagnie de cette réprouvée?
—Oh! ma tante, une femme qui est la gloire de la Bretagne!
—La honte, petite. Ne vas-tu pas la cajoler aussi?
—Mademoiselle Charlotte a raison, vous n'êtes pas juste, dit Calyste.
—Oh! vous, répondit mademoiselle de Pen-Hoël, elle vous a ensorcelé.
—Je lui porte, dit Calyste, la même amitié qu'à vous.