—Demain, mon enfant chéri, dit-il le soir, lève-toi de bonne heure, nous irons ensemble, s'il fait beau, nous promener au bord de la mer... Nous avons à causer de vos poëmes, mademoiselle de La Bastie.
Ce mot, accompagné d'un sourire paternel qui reparut comme un écho sur les lèvres de Dumay, fut tout ce que Modeste put savoir; mais ce fut assez, et pour calmer ses inquiétudes, et pour la rendre curieuse à ne s'endormir que tard, tant elle fit de suppositions! Aussi, le lendemain était-elle tout habillée et prête avant le colonel.
—Vous savez tout, mon bon père, dit-elle aussitôt qu'elle se trouva sur le chemin de la mer.
—Je sais tout, et encore bien des choses que tu ne sais pas, répondit-il.
Sur ce mot, le père et la fille firent quelques pas en silence.
—Explique-moi, mon enfant, comment une fille adorée par sa mère a pu faire une démarche aussi capitale que celle d'écrire à un inconnu, sans la consulter?
—Hé! papa, parce que maman ne l'aurait pas permis.
—Crois-tu, ma fille, que ce soit raisonnable? Si tu t'es fatalement instruite toute seule, comment ta raison ou ton esprit, à défaut de la pudeur, ne t'ont-ils pas dit qu'agir ainsi c'était te jeter à la tête d'un homme? Ma fille, ma seule et unique enfant serait sans fierté, sans délicatesse?... Oh! Modeste, tu as fait passer à ton père deux heures d'enfer à Paris; car enfin, tu as tenu moralement la même conduite que Bettina, sans avoir l'excuse de la séduction; tu as été coquette à froid, et cette coquetterie-là, c'est l'amour de tête, le vice le plus affreux de la Française.
—Moi, sans fierté?... disait Modeste en pleurant, mais il ne m'a pas encore vue!...
—Il sait ton nom...