—Vous servirez le café dans le salon, dit-il en invitant le négociant à quitter la salle à manger.

—Je vous remercie, monsieur le comte, dit alors La Brière, de me sauver ainsi l'embarras où j'étais pour introduire chez vous mon ami. Avec beaucoup d'âme, vous avez encore de l'esprit...

—Bah! l'esprit qu'ont tous les Provençaux, dit Charles Mignon.

—Ah! vous êtes de la Provence?... s'écria Canalis.

—Excusez mon ami, dit La Brière, il n'a pas, comme moi, étudié l'histoire des La Bastie.

A cette observation d'ami, Canalis jeta sur Ernest un regard profond.

—Si votre santé vous le permet, dit le Provençal au grand poëte, je réclame l'honneur de vous recevoir ce soir sous mon toit, ce sera une journée à marquer, comme dit l'ancien, albo notanda lapillo. Quoique nous soyons assez embarrassés de recevoir une si grande gloire dans une si petite maison, vous satisferez l'impatience de ma fille dont l'admiration pour vous va jusqu'à mettre vos vers en musique.

—Vous avez mieux que la gloire, dit Canalis, vous y possédez la beauté, s'il faut en croire Ernest.

—Oh! une bonne fille que vous trouverez bien provinciale, dit Charles.

—Une provinciale recherchée, dit-on, par le duc d'Hérouville, s'écria Canalis d'un ton sec.