—Que j'emporte votre pardon! Ma vie ne sera jamais heureuse, j'ai le remords d'avoir perdu mon bonheur, sans doute par ma faute; mais, au moins...

—Avant de nous quitter pour toujours, répondit Modeste d'une voix émue en interrompant à la Canalis, je ne veux savoir de vous qu'une seule chose; et, si vous avez une fois pris un déguisement, je ne pense pas qu'en ceci vous auriez la lâcheté de me tromper...

Le mot lâcheté fit pâlir Ernest, qui s'écria:—Vous êtes sans pitié!

—Serez-vous franc?

—Vous avez le droit de me faire une si dégradante question, dit-il d'une voix affaiblie par une violente palpitation.

—Eh bien! avez-vous lu mes lettres à monsieur de Canalis?

—Non, mademoiselle; et si je les ai fait lire au colonel, ce fut pour justifier mon attachement en lui montrant et comment mon affection avait pu naître, et combien mes tentatives pour essayer de vous guérir de votre fantaisie avaient été sincères.

—Mais comment l'idée de cette ignoble mascarade est-elle venue? dit-elle avec une espèce d'impatience.

La Brière raconta dans toute sa vérité la scène à laquelle la première lettre de Modeste avait donné lieu, l'espèce de défi qui en était résulté par suite de sa bonne opinion, à lui Ernest, en faveur d'une jeune fille amenée vers la gloire, comme une plante cherchant sa part de soleil.

—Assez, répondit Modeste avec une émotion contenue. Si vous n'avez pas mon cœur, monsieur, vous avez toute mon estime.