—L'intendant de Presles, dit Pierrotin.
—Eh bien! monsieur le comte va passer deux jours à Presles.
—Ah! je vais mener le comte de Sérisy, s'écria le messager.
—Oui, mon gars, rien que cela. Mais attention! il y a une consigne. Si vous avez des gens du pays dans votre voiture, ne nommez pas monsieur le comte, il veut voyager en cognito, et m'a recommandé de vous le dire en vous annonçant un bon pourboire.
—Ah! ce voyage en cachemite aurait-il par hasard rapport à l'affaire que le père Léger, fermier des Moulineaux, est venu conclure?
—Je ne sais pas, reprit le valet; mais le torchon brûle. Hier au soir, je suis allé donner l'ordre à l'écurie de tenir prête, à sept heures du matin, la voiture à la Daumont, pour aller à Presles; mais à sept heures, Sa Seigneurie l'a décommandée. Augustin, le valet de chambre, attribue ce changement à la visite d'une dame qui lui a eu l'air d'être venue du pays.
—Est-ce qu'on aurait dit quelque chose sur le compte de monsieur Moreau! le plus brave homme, le plus honnête homme, le roi des hommes, quoi! Il aurait pu gagner bien plus d'argent qu'il n'en a, s'il l'avait voulu, allez!...
—Il a eu tort alors, reprit le valet sentencieusement.
—Monsieur de Sérisy va donc enfin habiter Presles, puisqu'on a meublé, réparé le château? demanda Pierrotin après une pause. Est-ce vrai qu'on y a déjà dépensé deux cent mille francs?
—Si nous avions, vous ou moi, ce qu'on a dépensé de plus, nous serions bourgeois. Si madame la comtesse y va, ah! dame, les Moreau n'y auront plus leurs aises, dit le valet d'un air mystérieux.