Pierrotin revint amenant le comte de Sérisy venu par la rue de l'Échiquier, et avec qui sans doute il avait eu quelques minutes de conversation.
—Père Léger, voulez-vous donner votre place à monsieur le comte? ma voiture serait chargée plus également.
—Et nous ne partirons pas dans une heure, si vous continuez, dit Georges. Il va falloir ôter cette infernale barre que nous avons eu tant de peine à mettre, et tout le monde devra descendre pour un voyageur qui vient le dernier. Chacun a droit à la place qu'il a retenue, quelle est celle de monsieur? Voyons, faites l'appel! Avez-vous une feuille, avez-vous un registre? Quelle est la place de monsieur Lecomte, comte de quoi?
—Monsieur le comte... dit Pierrotin visiblement embarrassé, vous serez mal.
—Vous ne saviez donc pas votre compte? demanda Mistigris. Les bons comtes font les bons tamis.
—Mistigris, de la tenue! s'écria gravement son maître.
Monsieur de Sérisy fut évidemment pris par tous les voyageurs pour un bourgeois qui s'appelait Lecomte.
—Ne dérangez personne, dit le comte à Pierrotin, je me mettrai près de vous sur le devant.
—Allons, Mistigris, dit le jeune homme au rapin, souviens-toi du respect que tu dois à la vieillesse, tu ne sais pas combien tu peux être affreusement vieux: les voyages déforment la jeunesse. Ainsi cède ta place à monsieur.
Mistigris ouvrit le devant du cabriolet et sauta par terre avec la rapidité d'une grenouille qui s'élance à l'eau.