—On m'avait dit des merveilles de la Dalmatie, reprit Schinner, j'y vais donc en laissant Mistigris, à Venise, à l'auberge.

—A la locanda! fit Mistigris, lâchons la couleur locale.

—Zara est, comme on dit, une vilenie...

—Oui, dit Georges, mais elle est fortifiée.

—Parbleu! dit Schinner, les fortifications sont pour beaucoup dans mon aventure. A Zara, il se trouve beaucoup d'apothicaires, je me loge chez l'un d'eux. Dans les pays étrangers, tout le monde a pour principal métier de louer en garni, l'autre métier est un accessoire. Le soir, je me mets à mon balcon après avoir changé de linge. Or, sur le balcon d'en face, j'aperçois une femme, oh! mais une femme, une Grecque, c'est tout dire, la plus belle créature de toute la ville: des yeux fendus en amande, des paupières qui se dépliaient comme des jalousies, et des cils comme des pinceaux; un visage d'un ovale à rendre fou Raphaël, un teint d'un coloris délicieux, les teintes bien fondues, veloutées... des mains... oh!...

—Qui n'étaient pas de beurre comme celles de la peinture de l'école de David, dit Mistigris.

—Eh! vous nous parlez toujours peinture! s'écria Georges.

—Ah! voilà, chassez le naturel, il revient au jabot, répliqua Mistigris.

—Et un costume! le costume pur grec, reprit Schinner. Vous comprenez, me voilà incendié. Je questionne mon Diafoirus, il m'apprend que cette voisine se nomme Zéna. Je change de linge. Pour épouser Zéna, le mari, vieil infâme, a donné trois cent mille francs aux parents, tant était célèbre la beauté de cette fille vraiment la plus belle de toute la Dalmatie, Illyrie, Adriatique, etc. Dans ce pays-là, on achète sa femme, et sans voir...

—Je n'irai pas, dit le père Léger.