Cette plaisanterie fit sourire monsieur de Sérisy, qui se tenait les bras croisés sous la porte cochère en arrière des voyageurs. Quelque fous que fussent ces jeunes gens, le grave homme d'État leur enviait leurs défauts, il aimait leurs jactances, il admirait la vivacité de leurs plaisanteries.

—Eh bien! aurez-vous les Moulineaux? car vous êtes allé chercher des écus à Paris, disait au père Léger l'aubergiste qui venait de lui montrer dans ses écuries un bidet à vendre. Ce sera drôle à vous de refaire le poil à un pair de France, à un ministre d'État, au comte de Sérisy.

Le vieil administrateur ne laissa rien voir sur son visage, et se retourna pour examiner le fermier.

—Il est cuit, répondit à voix basse le père Léger à l'aubergiste.

—Ma foi, tant mieux, j'aime à voir les nobles embêtés... Et il vous faudrait une vingtaine de mille francs, je vous les prêterais; mais François, le conducteur de la Touchard de six heures, vient de me dire que monsieur Margueron était invité par le comte de Sérisy à dîner aujourd'hui même à Presles.

—C'est le projet de Son Excellence, mais nous avons aussi nos malices, répondit le père Léger.

—Le comte placera le fils de monsieur Margueron, et vous n'avez pas de place à donner, vous! dit l'aubergiste au fermier.

—Non; mais si le comte a pour lui les ministres, moi j'ai le roi Louis XVIII, dit le père Léger à l'oreille de l'aubergiste, et quarante mille de ses portraits donnés au bonhomme Moreau me permettront d'acheter les Moulineaux deux cent soixante mille francs comptant avant monsieur de Sérisy, qui sera bien heureux de racheter la ferme trois cent soixante mille francs, au lieu de voir mettre les pièces de terre une à une en adjudication.

—Pas mal, bourgeois, s'écria l'aubergiste.

—Est-ce bien travaillé? dit le fermier.