Oscar se changea presque en statue de sel; car, à cette révélation, il sentit son gosier plus salé que la mer.

—Et vous qui lui avez parlé des adorateurs de sa femme et de sa maladie secrète, dit Mistigris à Oscar.

—Que voulez-vous dire? s'écria la femme du régisseur en regardant les deux artistes qui s'en allèrent en riant de la figure d'Oscar.

Oscar resta muet, foudroyé, stupide, n'entendant rien, quoique madame Moreau le questionnât et le remuât violemment par celui de ses bras qu'elle avait pris et qu'elle serrait avec force; mais elle fut obligée de laisser Oscar dans son salon sans en avoir obtenu de réponse, car Rosalie l'appela de nouveau pour avoir du linge, de l'argenterie, et pour qu'elle veillât par elle-même à l'exécution des ordres multipliés que le comte donnait. Les gens, les jardiniers, le concierge et sa femme, tout le monde allait et venait dans une confusion facile à concevoir. Le maître était tombé chez lui comme une bombe.

Du haut de La Cave, le comte avait en effet gagné, par un sentier à lui connu, la maison de son garde, et y arriva bien avant Moreau. Le garde fut stupéfait en voyant le vrai maître.

—Moreau est-il là, que voici son cheval? demanda monsieur de Sérisy.

—Non, monseigneur, mais comme il doit aller aux Moulineaux avant son dîner, il a laissé son cheval ici pendant le temps de donner quelques ordres au château.

Le garde ignorait la portée de cette réponse, qui, dans les circonstances présentes, aux yeux d'un homme perspicace, équivalait à une certitude.

—Si tu tiens à ta place, dit le comte à son garde, tu vas aller à fond de train à Beaumont sur ce cheval, et tu remettras à monsieur Margueron le billet que je vais écrire.

Le comte entra dans le pavillon, écrivit un mot, le plia de manière qu'il fût impossible de le déplier sans qu'on s'en aperçût, et le remit à son garde, dès qu'il le vit en selle.