—Hé! c'est le père Léger! toujours de plus en plus prépondérant, s'écria Georges.

—A qui ai-je l'honneur de parler? demanda le père Léger d'un ton sec.

—Comment? vous ne reconnaissez pas le colonel Georges, l'ami d'Ali-Pacha? Nous avons fait route ensemble un jour, avec le comte de Sérisy qui gardait l'incognito.

Une des sottises les plus habituelles aux gens tombés est de vouloir reconnaître les gens et de vouloir s'en faire reconnaître.

—Vous êtes bien changé, répondit le vieux marchand de biens, devenu deux fois millionnaire.

—Tout change, dit Georges. Voyez si l'auberge du Lion d'argent et si la voiture de Pierrotin ressemblent à ce qu'elles étaient il y a quatorze ans.

—Pierrotin a maintenant à lui seul les Messageries de la vallée de l'Oise, et il fait rouler de belles voitures, répondit monsieur Léger. C'est un bourgeois de Beaumont, il y tient un hôtel où descendent les diligences, il a une femme et une fille qui ne sont pas maladroites...

Un vieillard d'environ soixante-dix ans descendit de l'hôtel et se joignit aux voyageurs qui attendaient le moment de monter en voiture.

—Allons donc, papa Reybert, dit Léger, nous n'attendons plus que votre grand homme.

—Le voici, dit l'intendant du comte de Sérisy en montrant Joseph Bridau.