—Ah! çà! dans l'intérêt de qui travaillerai-je, Maxime? demanda tout à coup madame Schontz.

—De madame de Rochefide, répondit nettement Maxime, il est impossible de la rapatrier avec Arthur tant que tu le tiendras; il s'agit pour elle d'être à la tête de sa maison et de jouir de quatre cent mille francs de rentes!

—Elle ne me propose que deux cent mille francs?... J'en veux trois cent, puisqu'il s'agit d'elle. Comment, j'ai eu soin de son moutard et de son mari, je tiens sa place en tout, et elle lésinerait avec moi! Tiens, mon cher, j'aurais alors un million. Avec ça, si tu me promets la présidence du tribunal d'Alençon, je pourrai faire ma tête en madame du Ronceret....

—Ça va, dit Maxime.

—M'embêtera-t-on dans cette petite ville-là!... s'écria philosophiquement Aurélie. J'ai tant entendu parler de cette province-là par d'Esgrignon et par la Val-Noble, que c'est comme si j'y avais déjà vécu.

—Et si je t'assurais l'appui de la noblesse?...

—Ah! Maxime, tu m'en diras tant!... Oui, mais le pigeon refuse l'aile...

—Et il est bien laid avec sa peau de prune, il a des soies au lieu de favoris, il a l'air d'un marcassin, quoiqu'il ait des yeux d'oiseau de proie. Ça fera le plus beau président du monde. Sois tranquille, dans dix minutes il te chantera l'air d'Isabelle au quatrième acte de Robert le Diable: «Je suis à tes genoux!...» mais tu te charges de renvoyer Arthur à ceux de Béatrix...

—C'est difficile, mais à plusieurs on y parviendra...

Vers dix heures et demie, les convives rentrèrent au salon pour prendre le café. Dans les circonstances où se trouvait madame Schontz, Couture et du Ronceret, il est facile d'imaginer quel effet dut alors produire sur l'ambitieux Normand la conversation suivante que Maxime eut avec Couture dans un coin et à mi-voix pour n'être entendu de personne, mais que Fabien écouta.